LUCREZIA FLORIANI
rection, contiennent le récit de ses amours; que ce prince Karol, l'amant de la Lucrezia, ce déséquilibré, ce fou, ou ce névrosiaque, est son portrait à lui. Le clou s'enfonce dans son cœur et le fait saigner ; mais lui ne crie pas sous la douleur... Il se tait toujours. Sans doute on le trompait, et il se trompait Jiui-même. Jeu cruel, amitié pire que la haine, puisqu'elle avivait cette flamme intérieure qui le consumait. C'était mettre la tunique brûlante de Nessus sur ce corps épuisé. George San d protesta contre ce qu'elle appelait une lâche perfidie. Elle avait l'âme généreuse, le cœur plein de cette charité qui vous pousse à charger sur vos épaules le poids des misères humaines. Son rêve était le bonheur dans l'égalité évangélique. Comment se fût-elle complue à cette lutte de coups d'épingle?
« J'ai tracé, a-t-elle dit, dans le prince KaroU le caractère d'un homme déterminé dans sa nature, exclusif dans ses senti-
ments. D'ailleurs, le prince Karol n'était pas un artiste, c'était un rêveur, et rien de plus. N'ayant pas de génie, il n'a pas les droits du génie. ». Elle admet pourtant qu'on a cru y reconnaître quelques-uns des traits du maître I Cela me paraît l'exacte vérité. Tout romancier subit ou peut subir l'obsession des choses vécues..
Lucrezia Floriani fut donc la cause involontaire, mais la cause réelle de leur rupture. Des paroles acerbes échangées entre l'un des enfants de George Sand et celui qui avait été si longtemps le compagnon de leur vie, ne furent qu'un prétexte. Un jour, on était au mois de juillet de l'année 1847, Chopin quitta la maison du square d'Orléans, sans esprit de retour. D se portait lui-même un coup mortel; mais il l'acceptait dans ces conséquences. Il était résigné à tout. Durant deux mois, en effet, après une crise nerveuse effroyable, il resta suspendu entre la vie et la mort. Les soins