V0¥4GE EN ANGLETERRE
nous saisit aux approches de la dernière heure? L'âme alors, subissant l'attirance et l'effarement de l'infini, ressemble à l'oiseau éperdu qui pressent l'orage et vole, avec des cris plaintifs, de branche en branche. Quoi qu'il en soit, il arriva à Londres le 21 avril 1848. 11 habita d'abord au nMO du Benting Street, accueilli par deux de ses élèves et de ses plus ferventes admiratrices, les demoiselles Stirling. Son immense réputation l'avait précédé de l'autre côté du détroit. Les musiciens anglais, Osborn, Benedict, Brinley et d'autres, appréciaient le charme et la grandeur de ses œuvres. Lorsqu'on sut que le maître célèbre se trouvait .sur les rives de la Tamise, les salons les plus aristocratiques de la Cité se disputèrent sa présence. Les plus nobles ladies briguèrent l'honneur de devenir ses élèves. Il se fit applaudir chez madame Grate, chez la comtesse de Gainsborough, chez l'amiral Satoris, chez lady Blessington, chez la vicom-
tesse de Falmouth. Mario, alors à l'apogée de son talent, et madame Viardot s'y rencontrèrent avec lui. Cette fièvre de la vie lui faisait oublier ses tourments. Et puis il avait des compatriotes dévoués autour de lui. Le$ émigrés polonais lui offrirent un banquet. Aux toasts d'usage, Chopin répondit par ces mots : « Mes chers amis, les marques d'affection et d'estime que vous me témoignez me touchent jusqu'au fond de l'âme; je voudrais vous l'exprimer par des paroles ardentes; mais, hélas I je ne suis pas un orateur. Cependant, si vous voulez me faire l'honneur de venir achever la soirée chez moi, je ne jouerai que pour vous, et vous ferai entendre ce que vous voudrez. Ce sera là mon remerciement. » Une acclamation générale lui répondit. On suivit le maître jusqu'à son nouvel appartement, Dower Street, n^ 48. Son salon contenait trois pianos que lui avaient envoyés les principales maisons de Londres* Épuisé de fatigue mais soutenu