‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 118 sur 122 · DERNIERS JOURS · texte numérisé non relu

DERNIERS JOURS

L'une d'elles déposa une enveloppe contenant vingt mille francs, sur la cheminée du salon du maître, et la surprise de Franchomme égala sa gratitude lorsqu'il découvrit ce trésor qu'il avait failli jeter au feu, prenant d'abord cette simple enveloppe pour une demande de secours ou d'entrevue, dont Frédéric était assailli malgré ses souffrances. Ce n'est pas là pourtant encore que le suprême repos vint clore ses yeux. Aux derniers jours de septembre, il déménagea et s'installa au n° 11 de la place Vendôme. Dès lors ses jours étaient comptés. Les suffocations ne cessaient plus : il demandait la mort qui lui paraissait lente à venir. Pour calmer ses tortures physiques par une occupation grave de l'esprit, il priait son élève le plus cher, Guttmann, de lui jouer quelques-uns de ses aîrs favoris, ou bien encore se faisait lire certains passages du Dictionnaire philosophique de Voltaire. Le dernier chapitre marqué fut

celui-ci : Des différents goûts des peuples. Puis il se coucha pour ne plus se relever*. Sa sœur, madame Jedrzejewicz, accourut de Varsovie ; la princesse Marceline Czartoryska, véritable sœur de charité, s'efforçait de prévenir les moindres désirs du malade. A mesure que la crise suprême approchait, une résignation chrétienne emplissait son âme restée toujours croyante. Il avait foi en la miséricorde infinie du Créateur, en sa justice, et ses souffrances intolérables ne lui arrachèrent point un murmure. Le dimanche, 14 octobre, il crut voir enfin s'ouvrir les portes de l'Éternité. Maintenant f entre en agonie^ dit-il soudain au milieu d'un profond silence; alors, comme le docteur, interrogeant son pouls, s'efforçait de lui donner courage, il l'interrompit par ces mots murmurés d'une

1. J'emprunte tous ces détails au récit si touchant et si sincère de M. Maurice Karassowski. — Édition polonaise. Chopin^ sa vie et ses œuvres. Varsovie, chez Gebethner et Wollf. C'est lui qui m'a guidé dans ce labeur.

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