LE PRINCE RADZIWILL
jour. On commençait à se l'arracher. C'était à qui le patronerait. La princesse 'Clzertwetinska, prise d'un engouement passionné pour ce bel enfant pâle et blond, qui lui rappelait, disait-elle, le portrait du divin Sanzio, venait le prendre dans sa voiture à la porte du pensionnat. Elle s'extasiait sur son esprit, sur son talent, faisait partager son admiration à ses amis. C'est ainsi qu'elle le présenta au prince Antoine Radziwill, un dilettante de haut goût, qui, comme l'a prétendu Liszt, contribua plus tard aux frais d'éducation du jeune artiste et se montra en toute occasion pour lui un Mécène généreux. Les biographes polonais de Chopin ont repoussé cette assertion avec une vivacité de termes voisine de l'indignation. Je ne vois pas ce qu'une telle marque de foi en l'avenir de Frédéric eût eu de blessant pour sa dignité. Sans doute, les ressources dont disposait, vers cette époque, Nicolas Chopin, lui eussent permis de se chargei*
lui-même d'une obligation toujours douce pour le cœur d'un père. Mais, quand on connaît les traditions de la vieille hospitalité polonaise, la façon simple dont on acceptait la tutelle et le patronage des grands, il est facile d'admettre que le maître de pension Chopin, père d'une nombreuse famille, n'eût pas rejeté les offres d'un prince allié à la famille régnante de Prusse, d'un prince artiste, assez délicat pour déguiser ses bienfaits et pour n'y voir lui-même qu'une sorte de tribut d'admiration rendu à l'art et au génie. Je croirais donc volontiers que, si Frédéric ne reçut pas des mains du prince une pension, susceptible de froisser la délicatesse de son amour-propre, par ce qu'elle eût eu de fixe et de périodique, il en accepta du moins certains dons qui l'aidèrent à satisfaire ses goûts d'artiste et à entreprendre plus tard ses premiers voyages à l'étranger. Quoi qu'il en soit, l'influence que le prince exerça sur l'enfance et sur l'a-