LA FAMILLE RADZIWILL
palais de la Friedrichstrasse dont le prince de Bismarck a pris récemment possession, soit àPosen, où la confiance du souverain l'a investi des fonctions de lieutenant du roi. Ce que peut oser la loyauté unie à l'amour de la patrie, et au désir d'alléger à ses concitoyens le poids de la domination étrangère, il le tenta avec succès. L'avenir semblait lui réserver de plus hautes destinées. Sa fille, la princesse Élise, fut aimée par un des fils de la reine Louise, celui-là même qui de^ vait, cinquante années plus tard, réaliser le rêve de l'unité germanique. Les exigences politiques s'opposèrent à ce que la jeune princesse occupât la place la plus rapprochée du trône. Moins heureuse que sa devancière couronnée, cette Barbe Radziwill, non moins belle et pleine de charmé, elle mourut comme elle dans la fleur de son printemps. L'amour qu'elle sut inspirer à un roi guerrier, ainsi qu'au plus tendre et au plus poétique des artistes, éternisera sa mé-
moire. Car l'image de la princesse Élise fit battre le cœur de Frédéric enfant. On raconte que, sans la connaître, il trouva, par un de ces singuliers jeux du hasard, un médaillon contenant la miniature de la jeune fille, que le prince son père portait d'habitude sur lui et qu'il avait égaré dans une des allées du parc de Willanow, célèbre résidence des comtes Potoçki. Fier de sa trouvaille, Frédéric se précipita dans le salon où l'on n'attendait plus que sa présence pour commencer l'exécution du concert de la soirée. « Quel est cet ange? s'écria-t-il tout ému, en désignant les traits de la jeune princesse. — Cet ange est ma fille, reprit Radziwill, et il ne tient qu'à vous de la connaître. . . » Puis il ajouta : « C'est aussi mon ange, à moi, nous nous aimons beaucoup. » Quelques années plus tard, Fritz vit en effet la princesse Élise. Elle avait vingt ans; lui, bien que plus jeune, était homme par le génie. Chaque soir, on faisait de la musique. Quand Élise exécutait quel-