‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 17 sur 122 · LE GRAND-DUC CONSTANTIN · texte numérisé non relu

LE GRAND-DUC CONSTANTIN

affront, et l'on se logeait une balle au cœur, pour échapper au souvenir cuisant de l'outrage. J'ai connu de vieux soldats qui pâlissaient toutes les fois qu'il était question de ce prince à la figure convulsée, aux cheveux et à la barbe fauves. CJonstantin, en effet, avait tout pris de son père Paul, Il n'avait ni le char m^ d'Alexandre, ni la beauté classique et vraiment impériale de Nicolas.C'était une nature faite decontrastes.il savait se montrer généreux et étonnait son entourage par des mesquineries dignes d'un boui^eois; susceptible d'héroïsme et de courage, il compta dans sa vie plus d'une heure de faiblesse. Des témoignages de délicatesse et de sensibilité s'allièrent souvent chez lui à des actes de cruauté sauvage. Par deux fois, il sacrifia la couronne à des sentiments de devoir et de cœur. Il avait épousé secrètement la fille d'un simple gentilhomme polonais, Jeanne Grudzinska. Forcé de choisir entre e trône et la foi conjugale, il préféra renon-

cer à ses droits d'héritier présomptif. Plus tard, lorsque certains hommes d'État polonais lui proposèrent de s'asseoir lui-même sur ce trône des Piasts, où il ne siégeait qu'en qualité de lieutenant de son frère, il leur ferma la bouche par ces mots : « Messieurs, je ne puis pas, je ne dois pas vous entendre; j'ai juré fidélité à l'empereur, et rien ne me fera oublier mon serment. »

Tel était le second Mécène de Frédéric. Le jour où un aide de camp de service apporta à madame Chopin l'expression du désir du grand-duc, fut un jour d'émotion. Devait-on se réjouir ou s'attrister de cet excès d'honneur? L'invitation portait que « Son Altesse Impériale daignerait entendre le jeune Frédéric Chopin , à quatre heures de l'après-midi, dans les appartements de la princesse de Lowicz^». Seul, Fritz fit preuve de sang-froid et de résolution . Il avait déjà affronté le public et aimait les salles étin-

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