IMPROVISATIONS
cence des élèves de son père. Un jour, un vent de révolte avait soufflé parmi cette jeunesse. En l'absence du directeur, la classe se mutina. Un jeune surveillant novice ne tint pas tête à l'orage. En un clin d'oeil, livres et cahiers sont lancés contre la chaire; des clameurs stridentes emplissent la salle. A ce bruit, Fritz accourt, il juge la situation d'un coup d'œil. Par bonheur, un piano qui sert aux élèves, aux heures d'exercices, occupe un des coins de la pièce. Il s'y dirige. « Attendez, mes amis ! s'écrie-t-il, puisque vous voilà si gais, je vais vous conter une belle histoire. » Des rires lui répondent, les mains se tendent vers lui. « Vive Frycek I oui, raconte-nous une histoire, nous t'écoutons ». Et aussitôt l'agitation s'apaise. Déjà Frédéric a plaqué ses premiers accords; à mesure que le thème musical se déroule sous ses doigts, il en commente les différents passages à ses auditeurs. « Des voleurs montent nuitamment à l'échelle et s'introduisent
dans une maisoh. L'escalade heureusement accomplie, ils procèdent au pillage. Un bruit soudain les trouble dans leur labeur. Us fuient épouvantés, regagnent la forêt qui leur sert d'abri, s'y partagent leur tutin, puis, lassés, s'endorment d'un profond sommeil.» Chacun de ces épisodes est interprêté par l'artiste. Ceux qui l'écoutent subissent tour à tour toutes les émotions du drame. Ils s'associent à l'escalade des brigands, ils fuient avec eux, ils prennent leur part des dépouilles, et s'endorment bientôt aussi profondément que les voleurs eux mêmes. C'est là la vengeance de Fritz ; il se lève alors au milieu d'un silence complet, va. chercher sa mère et ses sœurs, les ramène au seuil de la salle, tandis que lui-même, reprenant sa place au piano, y frappe de toute la vigueur de ses mains deux ou trois accords. Les conspirateurs se réveillent, effrayés et confus au souvenir des scènes dont ils se sont rendus coupables. Cette révolte menaçante