IMPROVISATIONS
s'exhala en un éclat de rire auquel s'associa le pauvre surveillant lui-même.
Une autre fois, c'est à la chapelle des Visitandines que Fritz exerce le prestige enchanteur de son talent. Il y tient l'orgue, à la messe de onze heures, messe instrumentale et vocale, qui réunit à la tribune les sommités artistiques de la ville, et une assistance élégante dans les bancs de la nef. Après l'offertoire, Chopin prend pour thème un motif de la messe qu'on vient de chanter et exécute les variations les plus harmonieuses et les plus délicates. Le jeune improvisateur est en verve. Peu à peu, musiciens et chanteurs abandonnent leurs pupitres pour se grouper autour de l'organiste. A l'écouter, on oublie la messe. Soudain, des pas précipités retentissent dans l'escalier, la figure irritée du bedeau apparaît dans la travée de la porte, en même temps que sa voix se fait entendre : « Pour l'amour du ciel. Messieurs, que faites-vous? Voilà deux
fois que le prêtre entonne la préface I » Ainsi s'établissait la gloire de Frédéric. C'était le bon temps de sa vie. Plein d'humour, de gaieté, d'entrain, il s'amusait avec peu, témoin cette anecdote versifiée, retrouvée dans les papiers du maître et que je traduis ici littéralement, bien qu'en prose.
» Un jour, à la veille de la Sainte-Cathe-
rine, je n'avais pas de chaussures, et voilà que le colonel G. . . vint nous inviter à célébrer chez lui la fête de sa femme. Mon père était en course ; je me mets à sa recherche et le supplie, après l'avoir rejoint, de me donner de quoi m'acheter ces chaussures convoitées. Muni de l'argent nécessaire, je me rends sans retard au marché. Cordonniers et cordonnières m'entourent à l'envi. Ceux-ci m'offrent des bottes, celles-là des souliers, d'autres enfin de beaux escarpins. Je fais mon choix et rentre à la maison ; mes chaussures sont un peu larges, mais cela vaut mieux que rien. A l'heure indi-