‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 25 sur 122 · LES VACANCES 6S · texte numérisé non relu

LES VACANCES 6S

vailla désormais chez lui avec plus de goût et de fruit. Cela lui permettait aussi de quitter plus tôt la ville. D'une complexion délicate, sans que rien vînt encore trahir en lui le mal auquel il devait succomber, il avait besoin, pour dilater sa poitrine étroite, du souffle vivifiant et résineux des forêts, des sains arômes qui se dégagent des gerbes et des foins coupés. A Zelazowal-Wola, il ne trouvait plus guère que des souvenirs. La comtesse Skarbek n'était plus. Son fils débutait dans la carrière administrative. . La société d'un vieil intendant ne suffisait pas à ses goûts d'une distinction native, affinés par le commerce des grands. Par contre, il garda jusqu'à la fin de ses jours les impressions les plus agréables et les plus vives des longs mois de vacances passés chez des amis de sa mère, M. et madame Dziewanowski. Le village s'appelait Szafarnia. On y vivait entouré de ces mêmes plaines que baigne une rivière

bordée de roseaux et d'acores ; de ces horizons aux perspectives fuyantes et vagues, qui inspirent aux âmes tendres ce sentiment qu'éprouvait Chopin, ce zal intraduisible en aucune langue. Zal^ c'est-à-dire une mélancolique tristesse, au travers de laquelle glisse comme un rayon. Le &pleen anglais est morose et gris, c'est l'image de l'ennui ou de la désespérance ; le schwermuth allemand engendre la lassitude de Werther ; mais le zal polonais, ce mot que Frédéric répéta si souvent, gonfle le cœur d'émotion sans y distiller l'amertume, colore la tristesse d'une teinte rose de poésie, communique à la souffrance une sorte de volupté. Il vous saisit et vous pénètre soudain, au milieu des champs, à la vue d'un arbre ou d'une maison solitaire, en face d'un ciel d'automne où s'abat le crépuscule. Éclairé d'un reflet d'argent durant l'adolescence et la jeunesse, il perd ce prisme enchanteur, lorsque, parvenu au déclin de la vie, jetant

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