‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 26 sur 122 · LES VACANCES · texte numérisé non relu

LES VACANCES

un regard en arrière, on voit les illusions effeuillées joncher la route parcourue ; mais il lui reste encore, même alors, la foi, en un éternel au delà, la foi en une autre et meilleure destinée. Ce zal emplit toutes les œuvres du maître. Quiconque veut le comprendre, doit aussi saisir le sens subtil et mystérieux de ce mot. Mais, à cette époque, quand, après une journée de voyage à travers de fertiles campagnes, Frédéric arrivait enfin à Szafarnia, couvert de poussière, grisé de grand air, cette mélancolie ou ce zal s'étendait sur le fond rasséréné de son âme, semblable aux vapeurs transparentes qui voilent à peine un paysage ensoleillé. Tout, d'ailleurs, le prédisposait à la gaieté au milieu de son entourage. La maisonnée

entière l'accueillait, rassemblée sur le petit perron de bois inséparable de l'habitation d'un propriétaire rural. De loin, on avait entendu les claquements du fouet par lesquels le cocher, selon l'usage du pays, annonçait

l'arrivée des hôtes. Monsieur et madame Dziewànowskî, leur fils Dominique, élève de la pension Chopin et camarade de classe de Frédéric, leurs deux filles, le vieux serviteur à grosses moustaches blanches, même les servantes, qui admiraient monsieur Fritz, parce que nul ne jouait mieux que lui les obertas et les mazourkes de la contrée; tout ce monde, dis-je, s'empressait autour du voyageur. Une collation copieuse avait été préparée. C'était à qui remplirait son assiette ou son verre; et les rires <x)mmençaient, des rires interminables, n'ayant souvent d'autre cause que le trop plein de gaieté débordant de ces jeunes cœurs, ou que provoquaient la mimique expressive et les bons mots de Fritz. Fritz 1 comme on l'aimait, et comment ne l'eût-on pas aimél George Sand, dans quelques pages de Lucrezia Floriani^ nous trace un portrait de prince Karol *, auquel nous ne saurions refuser

i, Chopin

Page 1