‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 28 sur 122 · ESPIÈGLERIES · texte numérisé non relu

ESPIÈGLERIES

imitant a s'y méprendre la voix, les gestes^ le jeu de physionomie, ainsi que la prônon- "ciation burlesque du pasteur Tetzel, qui prêchait chaque dimanche à l'église réfop- . mée de Varsovie, en un polonais hérissé de germanismes les plus étranges. Une autre fois, il enthousiasme des facteurs juifs, de ces juifs de l'ancienne mode, revêtus de longues lévites d'une couleur aussi indécise que l'était celle de leur barbe, en exécutant le mcjufess ou marche nuptiale des synagogues. Une autre fois encore, après avoir assisté à un marché passé entre ces mêmes juifs et un propriétaire des environs, il lui vient l'idée, pour le moins singulière, d'adresser une lettre audit voisin, dans laquelle, imitant le jargon usité par les israélites dé Pologne, ainsi que leurs caractères hébreux, il annule la transaction conclue. Cette plaisanterie faillit coûter cher aux malheureux marchands. On était encore au temps où tout hobereau rossait son juif selon son bon

plaisir. M. R..., le propriétaire en question, irrité de ce qu'il appelait un manque de foi judaïque, allait se venger sur les malheu- . reux fils d'Israël, quand Chopin détourna l'orage suspendu sur leurs têtes en avouant sa faute. On rit et on lui pardonna ; ne lui pardonnait-on pas toujours? Heurçux âge où de pareilles espiègleries suflfisent à entretenir une bonne et franche gaieté 1 II nous reste de ce temps un journal rédigé par Frédéric et qu'il avait intitulé « le Courrier de Szafarnia » (Kuryer Szafarski). Voici ce que nous y lisons à la date du 15 juillet : « Aujourd'hui, grand concert, auquel ont pris part une vingtaine de personnages et demi-personnages. M. Pichon y a exécuté le concerto de Kalkbrenner. Mais il faut avouer que ce morceau fit moins d'effet sur les petits personnages de la société que la fameuse marche juive (majitfess). »

Citons encore une lettre de la môme époque, écrite à son camarade Guillaume

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