SES PREMIÈRES LETTRES
Rolberg*. La lettre est certainement enfantine, mais elle est la première du recueil qui nous a été transmis, et elle nous dépeint l'état d'esprit de Fritz à cette époque. <c Mon cher Guillaume,
» Je te remercie de ton souvenir ; mais je n'en suis pas moins fâché contre toi. Tu es un vilain, un ingrat, un et cœtera. Tu m'écris du bout de la plume. Fais-tu des économies d'encre et de papier? — Mais voilà, tu montes à cheval, tu t'amuses et tu ne penses plus à moi. — Enfin, embrassons-nous et faisons la paix.
» Je me réjouis de te savoir bien portant et gai : c'est l'essentiel à la campagne. Moi, je passe mon temps d'une manière fort agréable. Sache que tu n'es pas le seul à monter. Je sais aussi me tenir à cheval. Ne me demande pas si j'y ai bonne ou mauvaise tournure. Je monte à cheval, c'est-à-
1* 11 fut plus tard inspecteur des églises réformées de Pologne.
dire que je vais là où il plaît à ma monture de me conduire ; cramponné à sa crinière, je m'y sens tout aussi à l'aise que le serait un singe au dos d'un ours. Je n'ai pas eu de chute à déplorer jusque-là, parce qu'il n'a pas encore plu à mon coursier de me jeter à terre ; mais je tomberai, pour peu qu'il lui en prenne fantaisie. Je ne veux pas t'emplir la tête de mes affaires, — les mouches élisent souvent domicile sur les hauteurs de mon nez ; — mais qu'importe I N'est-ce pas une habitude chez ces insectes importuns? Les cousins m'honorent de leurs piqûres ; qu'importe encore, puisque ceux-Jà, du moins, épargnent mon nez I
»... Est-ce que je t'ennuie?... Écris-moi par le premier courrier, et je m'empresserai de te gratifier d'une nouvelle réponse.
» i'ai fini sans compliments... Porte-toi bien ; écris-moi de vraies lettres et non pas des post-scriptum. Nous nous reverrons dans une huitaine.
l'eolom'elodikon 77
» Je t'embrasse sincèrement en sincère ami .