F. CH
Chacun de ces séjours retrempait les forces physiques et morales de l'adolescent. Aussi, dès sa rentrée en ville, quelle recrudescence de composition et de travail 1 II est devenu le plus brillant élève du Conservatoire, et les prédictions d'Elsner se réalisent. Plus de fête musicale, où le nom de Frédéric Chopin, mis en vedette, ne constitue, à lui seul, la plus grande attraction du concert.
En 1826, deux industriels, allemands d'origine, Brunner et Hoffman, inventent un nouvel instrument à cordes qu'ils baptisent du terme prétentieux d^eolomelodikon. Profitant d'un passage de l'empereur Alexandre à Varsovie, nos industriels le prient d'assister à l'expérience qui va couronner de longues années de labeur. L'empereur se rend à ce désir, l'eolomelodikon est installé sous^
la haute coupole de l'église réformée, où les conditions d'acoustique paraissent les plus favorables, et l'on se met en quête du meilleur organiste de la ville. Le choix ne pouvait être douteux. C'est à Frédéric qu'on s'adresse. Le czar est tellement ravi du jeu de l'artiste, qu'il ôte séance tenante une de ses bagues, et la lui passe au doigt. Vers la fin de l'année, paraît la première œuvre signée « Chopin », et publiée aux frais de l'éditeur. C'est le Itondo à la mazoure^ que Frédéric dédie à madame Linde, la femme de son ancien recteur, celui-là même qu'il caricaturait jadis au lycée, en marge de ses cahiers. Son âme est toute vibrante de mélodies, qui troublent ses veilles et son sommeil. Obsédé par ses chants intérieurs, il quitte son lit durant la nuit, court à son piano, y donne une forme vivante à l'idée qui le poursuit, et ne se recouche que pour se relever encore.
Cette surexcitation nerveuse le fatigue. Il