MALADIES DE NICOLAS CHOPIN H
en France. Mais la vie des camps, les privations endurées, le chagrin que cette âme généreuse ressentait des calamités publiques, altérèrent une seconde fois et plus sérieusement sa santé. Dès lors, son parti fut pris. Il crut lire comme un arrêt du sort dans cette persistance des mêmes accidents qui venaient déranger ses projets : « J'a'i tenté deux fois de rentrer en France, disait-il plus tard, et deux fois la maladie me cloua sur mon lit. Sans doute la Providence voulait me montrer ainsi quels étaient ses desseins. » Pourtant, il fallait vivre. Des leçons de français données en ville assurèrent d'abord ses moyens d'existence. Le zèle qu'il apporta dans l'exercice de sa tâche accrut bientôt le nombre de ses relations et, par là même, celui de ses élèves. Ce fut ainsi qu'au printemps de 1795, il fut présenté à la staroscina *
1. Femme d'un staroste. Le staroste (capitaneus) administrait les biens royaux et y rendait haute et basse justice.
Laci^iska, de passage à Varsovie, qui s'occupait de Téducation de ses enfants. La staroscina lui offrit une place de précepteur dans sa maison. Tel fut le début de sa carrière de pédagogue. Lesé^rds qu'on lui témoigna, l'attachement de ses élèves, la grâce, l'intelligence de l'un deux, la jeune Marie, alors âgée de quatorze ans, le récompensèrent amplement de ses peines. Il ne se doutait pas encore que cette enfant, devenue plus tard la comtesse Walewska, mettrait à ses pieds le vainqueur de l'Europe. Nicolas Chopin demeura sept ans dans cette famille, et ne la quitta que pour accepter les mêmes fonctions chez la comtesse Skarbek.
La comtesse habitait alors à Zelazowa- Wola, village situé aux portes de Varsovie. Sa fortune, sans être opulente, lui permettait de tenir un train de maison assez important. Il était fréquent que les familles les plus considérables du pays s'entourassent