‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 44 sur 122 · Sœur cadette de la princesse Élise · texte numérisé non relu

Sœur cadette de la princesse Élise

en fa mineur. Ce morceau a plu à la princesse Élise : ne manque donc pas de me l'expédier par la poste ; car je ne veux point qu'on puisse me taxer d'impolitesse, et je ne saurais le transcrire une seconde fois de mémoire. »

Il est à présumer que l'admiration que la princesse Élise professait pour la Polonaise et son trio flattait le cœur en même temps que l'amour-propre de l'artiste. Le souvenir de cette gracieuse image le poursuit si bien, qu'il éprouve le besoin de dire qu'elle aussi ne s'est pas montrée indifférente à son égard.

« Tu ne peux croire, écrit-il dans la même ettre, combien Varsovie me paraît déserte, comme il m'y manque quelque chose. Je n'ai personne à qui me confier, je n'ai personne sur qui arrêter mes yeux. Tu me demandes mon portrait ; si j'avais pu en ravir un à la princesse Élise, je te l'eusse envoyé. Elle a reproduit deux fois mes traits dans

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son album, et Ton s'accorde à dire que je suis ressemblant. »

Ainsi Frédéric est sous le charme des impressions subies. Il rêve au palais d'Antonin, à ce paradis où lui souriaient deux Èves charmantes et blondes. Constance paraît oubliée; mais, trois mois plus tard, ce sont les mêmes sentiments de tristesse et d'isolement, les mêmes confidences; seulement cette fois ce n'est plus de la princesse Élise qu'il entretiendra son ami, ni du goût de la jeune Altesse pour le trio de la fameuse Polonaise^ ni des portraits si ressemblants que sa main s'est plu à retracer. C'est à Constance qu'il rêve, c'est elle seule qui sera désormais son idéal. Il lui semble que nulle autre qu'elle n'a régné dans son -cœur. « J'y pense depuis six mcis, s'écrie-t-il ; c'est elle que je vois dans mes songes, c'est pour elle que j'ai composé l'adagio de mon concerto (adagio du concert en m% mineur). »

Maintenant, à l'occasion de son premier

concert de là saison, il a eu le bonheur de l'approcher, de lui parler, et tout le reste lui importe peu. Il se juge même assez sévèrement. « Bien que la salle fût comble, car on ne trouvait plus ni chaise ni fauteuil depuis trois jours, Teffet produit sur le public n'a pas été tel que je l'aurais espéré. L'allégro fut accueilli par des bravos, mais je suppose qu'on applaudissait pour imiter le petit nombre des vrais connaisseurs. L'adagio et le rondo ont eu plus de succès. Quant au pot-pourri sur les airs polonais, fy ai complètement manqué mon but. » Mais il avait vu le sourire approbateur de Constance, assise au premier rang; cela lui suffisait... La critique locale, très élogieuse d'ailleurs, é. beau demander un peu plus d'énergie à son jeu, il n'y attache que peu ou point d'importance : « Je sais ce que chanter veut dire, réplique-t-il à ces donneurs de bons conseils, et où il me faut puiser cette énergie. » Aussi à son second

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