‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 46 sur 122 · MADEMOISELLE SONTAG · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE SONTAG

Dans les lettres qu'il adresse vers cette époque à son ami Titus, il n'est plus question que de l'incomparable diva.

« Tu as perdu cinq concerts de mademoiselle Sontag, écrit-il à la date du 3 juin; mais tu pourras encore l'entendre, s'il est vrai que tu arrives le 13. Tu ne peux te figurer le charme que j'ai éprouvé en m'approchant de cette messagère des dieux. Je sais un gré infini au prince Radziwill de m'avoir présenté à elle. Mon seul regret, c'est de n'avoir pas encore assez profité de cette connaissance. Je la vois toujours si fatiguée, assiégée par les ennuyeuses visites des sénateurs, castellans, palatins, ministres, généraux, aides de camp, qui viennent là pour admirer ses beaux yeux et lui parler de la pluie et du beau temps. Elle les accueille tous avec sa grâce habituelle. Elle est si bonne, qu'elle ne saurait être impolie. Hier, au moment de se rendre au théâtre, elle dut s'éyader pour mettre son chapeau...

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» Je n'ai pas encore été chez elle, quoiqu'elle ait exprimé le désir de me voir. Il s'agit d'un morceau de musique que Radziwill a arrangé pour elle et qu'il m'a chargé de transcrire. Ce sont des variations sur un dumka (chant populaire) -d'Ukraine. La fin me plaît assez; il n'en est pas ainsi du milieu, et mademoiselle Sontag partage mon avis.

» La messagère des dieux n'est point belle, mais charmante au delà de toute expression. Elle enchante tout le monde. Sa voix de peu d'étendue est admirablement travaillée. Ses diminuenda sont le nec plus ultra du genre, ses portamenta merveilleux, ses gammes chromatiqueé, surtout celles du haut, splendides. Elle nous a chanté un air de Mercadante à ravir. Ses variations sur des thèmes suisses ont tellement plu.au public, que, rappelée sur la scène, elle les a bissés tout simplement au lieu des révérences d'usage. C'est la bonté

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