‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 49 sur 122 · SÉJOUR A DRESDE · texte numérisé non relu

SÉJOUR A DRESDE

heure délicieuse à Sa Majesté ainsi qu'à Leurs Altesses.

En même temps, s'inclinant en une profonde révérence, elle lui désigne les deux dames et le monsieur qu'il croyait être un docteur en théologie. Tous se sont levés, et s'approchent du jeune homme confus. C'est d'abord la reine elle-même, puis l'infante Augusta, puis le docteur à la figure rasée, c'est-à-dire le prince Jean, un fin lettré, le traducteur du Dante, qui devait lui-même s'asseoir un jour sur le trône. C'est à qui le félicitera dans les termes les plus élogieux et les plus délicats. Rentré chez lui, Frédéric raconta à son ami Titus Wojciechowski, qu'il avait décidé à l'accompagner jusqu'à Vienne, l'incident de la soirée ; Titus crut d'abord à une de ces histoires dont l'imagination de Fritz se montrait fréquemment prodigue. Il lui fallut pourtant se rendre à l'évidence, lorsque, le lendemain, un chambellan apporta à « M. Frédé-

rie Chopin » des lettres scellées à l'adresse de Leurs Majestés le roi et la reine des Deux- Siciles, et de Son Altesse .Sérénissime le prince de Lucquês et de Piombino, leur recommandant ledit « sieur Frédéric Chopin, un artiste hors ligne auquel était réservé le plus brillant avenir ».

Ce fut sous cette impression favorable que Frédéric quitta Dresde. La présence de son ami le plus cher rendait ses regrets moins amers. 11 pouvait ainsi s'entretenir des êtres aimés, de la ville natale, de cette blonde déesse dont il gardait, en chevalier féal, un bout de ruban caîîhé sur son cœur. Aussi, dès son arrivée à Vienne, écrit-il à ses parents une lettre pleine de confiance en l'avenir. Tout paraît lui sourire, malgré les neiges de l'hiver, malgré le froid glacial des premiers jours de décembre. Il a déjà renoué ses relations avec Czerny, avec Hummel, avec Wurfel. II a loué un très élégant et très confortable appartement au prix de

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