‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 51 sur 122 · SES INQUIÉTUDES PATRIOTIQUES · texte numérisé non relu

SES INQUIÉTUDES PATRIOTIQUES

quitte pour prendre dans l'armée sa part du danger.

Demeuré seul, le malheureux Fritz est partagé entre ses sentiments d'obéissance et de respect filial, l'amour de son art, et le désir qui le pousse à aller là, où vont ses camarades, ses amis de jeunesse, pleins d'illusions, enflammés d'ardeur, prêts à verser jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour une cause qui apparaît à leurs yeux comme la plus juste, la plus noble et la plus sacrée.

Un instant, il obéit à la violence de ses impressions; il loue une chaise de poste, et le voilà qui court rejoindre son ami. Titus cependant a quelques heures d'avance sur lui. Chopin brûle plus d'une station sans l'y rencontrer. Enfin, la nuit tombe, une triste nuit d'hiver, sombre, glacée, l'image -des ténèbres et du froid qui pénètrent son- âme. Alors, brisé, tombé dans

Un état de prostration, qui succède souvent

chez lui aux crises de surexitation nerveuse, il rentre à Vienne. Hélas! Vienne lui est désormais insupportable. Sa vie s'y consume dans les regrets, dans l'angoisse, dans l'abandon. Son cœur de patriote saigne. L'Autriche d'alors n'était pas l'Autriche d'aujourd'hui : c'était l'Autriche telle que l'avait façonnée Metterniah, un empire absolutiste et hypocritement despotique. Toutes les sympathies des Viennois étaient acquises aux Russes. Frédéric entend chaque Jour des propos qui blessent ses plus légitimes fiertés : « Dieu a commis une faute en inventant les Polonais. » (Der hebe Gott hat einen Fehler begangen^ dass er die Polen geschaffen hat.) Ou bien encore : « Il n'y a rien à faire avec les Polonais. j^,{Ans Polen ist nichts su holen.)

Les artistes de sa connaissance lui battent froid, comme obéissant à tin mot d'ordre. La jalousie du métier, provoquée par la conscience qu'on a de la supériorité de ce

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