SES INQUIÉTUDES PATRIOTIQUES
nouveau venu, se masque sous des dehors de patriotisme bu de politique. Un artiste polonais, si distingué qu'il fût, ne saurait briguer, encore moins obtenir la faveur du public, à l'heure où tout Polonais est mis au ban de l'opinion.
A ces déboires et à ces mille froissements de la vie quotidienne, se joignent des inquiétudes mortelles pour ce cœur si tendre. Les lettres de Pologne sont interceptées par les cabinets noirs, ou ne parviennent à destination qu'avec des retards de vingt à trente jours. Frédéric vit dans les transes: son cerveau surexcité évoque mille funèbres images. Il a appris la marche de Paskewitch sur Varsovie, et il voit déjà sa ville natale abîmée sous les décombres, ses parents massacrés, jusqu'à la dépouille de sa sœur Emilie profanée dans son tombeau*
En proie au chagrin, il s'adresse à tous ceux qu'il a laissés là-bas : à son ancien condisciple Matuszewki, qu'il charge d'un
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billet pour Constance, à Elsner, à ses parents ; mais l'exquise délicatesse de sanature le porte à refouler au dedans de lui-même ses sentiments de tristesse et d'effroi ; il craint d'alarmer ces êtres chéris. Ses lettres affectent une liberté d'esprit qu'il est loin de posséder. Quelquefois seulement un cri d'oiseau blessé s'échappe de sa poitrine : « Je voudrais rire et, au moment où je trace ces lignes, mon âme est torturée d'angoisses. Il me semble que je rêve, que je suis encore au milieu de vous. Ces voix que j'entends et auxquelles n'est pas accoutumée mon oreille, me font l'effet de crécelles... Vivre ou mourir, tout m'est égal aujourd'hui... Pourquoi suis-je abandonné? pourquoi ne suis-je pas avec vous, prenant ma part du danger? »
C'est surtout aux approches des fêtes de Noël que son isolement lui devient plus insupportable. Autrefois, il y a iin an de cela, à pareille date, il se trouvait au milieu des siens. On allumait l'arbre de Noël, aux