‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 53 sur 122 · SES LETTRES · texte numérisé non relu

SES LETTRES

branches duquel, entre les petites bougies de cire coloriées, entre les filets de papier d'argent, les noix et les pommes dorées, il se plaisait à suspendre les modestes dons qu'il destinait à ses sœurs; puis, lorsque les premières étoiles apparaissaient au ciel, fidèle à l'ancienne tradition slave, la famille entière se réunissait autour de la table, rompant le pain bénit, que les frères lais des divers couvents avaient distribué durant l'Avent. L'on s'embrassait, l'on échangeait de joyeux souhaits, en souvenir de l'étoile qui jadis guida les bergers vers l'étable de Bethléem; et, aussi, en souvenir de cette humble étable, sous la nappe blanche, on avait étendu une légère couche de foin. Maintenant, il était seul... Comment passat-il cette veillée de Noël, si gaie pour lui lorsqu'il [vivait au milieu dès siens? Écoutons-le parler : « A minuit, d'un pas lent, je m'acheminai vers l'église Saint-Étienne. Quand j'entrai sous le dôme, le temple était

désert. Je restai debout, dans la partie la plus sombre de l'église, appuyé contre une colonne. Pourrais-je jamais décrire l'imposante splendeur de cette immense voûte? Le silence régnait partout... Les pas du bedeau, allumant les cierges du mattre-atitel , troublaient seuls mon recueillement. Derrière moi des tombeaux; à mes pieds des tombeaux. Au-dessus de ma tête, la sombre harmonie des voûtes... et plus que jamais je me sentais seul. » Pauvre Fritz I comme son âme est triste, comme elle déborde d'émotion I Le lendemain, il reste enfermé chez lui, dans son petit appartement du quatrième; car il y a longtemps qu'après le départ de Titus, et pour cause d'économie, il a quitté les somptueuses chambres du premier, celles qu'avant lui, ainsi qu'il le disait fièrement, avait occupées un superbe amiral anglais. Il est vrai, il nous l'apprend lui-même, que sa chambre est grande, qu'elle a cinq fenêtres. Le lit se trouve en

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