SES LETTRES
face des fenêtres ; le piano adroite, le canapé à gauche ; entre les croisées, quatre beaux miroirs, au milieu un guéridon d'acajou, qu'il qualifie également de fort beau ; le parquet ciré reluit. Et, si vous êtes curieux desavoir comment s'écoule sa journée, il vous le contera tout au long. « Un domestique m'apporte mon café le matin, je saute à bas du lit, je me mets au piano et je bois mon café tout froid. A neuf heures, arrive le professeur d'allemand; après quoi, je rejoue; après quoi, je pose devant Hummel jeune, qui travaille à mon portrait. Je suis très ressemblant : j'ai la mine inspirée, bien que je sois eh robe de chambre. Cela nous conduit jusqu'à midi. A cette heure, survient un brave petit Allemand du nom de Leibenfrost, commis au ministère de la justice. Quand le temps s'y prête, nous faisons un tour de promenade, puis nous allons dîner zur Bohmischen Kochin^ où se rassemble toute la jeunesse des écoles. Après dîner, nous dégus-
tons notre demi-tasse dans l'un des plus élégants cafés ; car ainsi l'exige la mode. Ce devoir accompli, je fais des visites, je rentre à la brune, je me coiffe, je me chausse et je ' vais en soirée. A dix heures, onze heures,
î quelquefois minuit, — mais jamais plus
tard, — je regagne mon domicile, je joue, je lis, je ris, je me couche, j'éteins ma bougie, ' et... je rêve à vous. »
\ Ainsi le cordial accueil qu'on lui réserve
; dans certaines maisons lui permet de goûter
l quelques heures d'oubli, et puis, après tout,
S la jeunesse ne reprend-elle pas ses droits?
C'est le docteur Malfatti, médecin de la cour, qui s'éprend d'une belle amitié pour lui. Le docteur habite une jolie villa entourée d'un jardin. C'est un sybarite bienfaisant. Il aime la musique et la bonne chère. Ses dîners, tout en étant succulents, ne nuisent pas à l'hygiène. Ne pousse-t-il pas la sollicitude jusqu'à faire confectionner des plats polonais à son cordon bleu, chaque fois que le