‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 58 sur 122 · PARIS EN · texte numérisé non relu

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surcroît de sève ranimant toutes les branches de l'art, bien que l'art gardât encore la grande impulsion que lui avaient imprimée les quinze dernières années de la Restauration en poésie, en peinture, en musique. A côté de Victor Hugo, de Lamartine, de Musset, il y avait place pour Béranger, pour Alfred de Vigny, pour Casimir Delavigne. Ingres, Delacroix, Delaroche, Gérard, Flandrin, s'égalaient sans se surpasser les uns les autres; Chérubini, Auber, Hérold, Rossini, Halévy, Meyerbeer, les vieux et les jeunes, ceux qui marquaient leurs premiers pas dans la carrière, ou ceux qui y comptaient autant de triomphes que d'étapes, ravissaient le monde.

Et sur la scène, pour interprètes de ces œuvres, on avait madame Dorval, mademoiselle Mars ; on allait avoir Rachel ; on avait laMalibran, laPasta, Lablache, Nourrit, Rubini. Et, dans là chaire sacrée, derrière la silhouette sombre de Lamennais, on devinait

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déjà la blanche figure de Lacordaire ; et à la tribune Montalembert et dix autres se succédaient. Et l'on avait conquis l'Algérie, ce qui donnait un acompte à la gloire. . . et l'on osait et l'on pouvait tout espérer. Dès lors, comment cet étranger si jeune, ce fils d'un peuple qui venait de succomber en une lutte désespérée pour son indépendance, cet artiste qui sentait l'étincelle du génie consumer son cœur, soudain transporté dans ce milieu, stimulé par tant d'exemples, ranimé par les sympathies dont son âme avait soif, après les froissements, les humiliations patriotiques subies à Vienne, après les regrets amers dont l'emplissaient encore l'absence et l'éloignement des siens, n'eût-il pas été réconforté, ébloui, enlevé de terre et comme grisé d'espoir ?

Cette impression, Chopin l'éprouva; seâ lettres en font foi. Il passa par toutes les phases de l'étonnement, de l'admiration, de la confiance* Mais plus haut l'enlèveront

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