SAUVAGERIE
délicatesse exquise de ses sentiments; tout l'éloignait des amours faciles. Des occasions pourtant se présentaient. Au-dessous de lui logeait une jeune et jolie femme, fort éprise de musique, et fort délaissée de son mari. Elle se fût volontiers distraite ou consolée. Elle entendait au-dessus de sa tête des accords si doux, des champs si mélodieux I elle avait souvent croisé l'artiste étranger dans l'escalier, et l'étranger ou l'artiste lui paraissait aussi intéressant que beau, avec son visage pâle, ses cheveux bouclés, ses yeux rêveurs, dont de longs cils voilaient l'éclat. Bref, elle l'invita à venir passer quelques heures avec elle... La musique unit si vite deux âmes prêtes à s'entendre!... Chopin cependant refuse ; il a peur des aventures ; Mais un cri lui échappe qui trahit sa misère : « J'y aurais trouvé une cheminée, dit-il, un bon feu... Ahl qu'il ferait bon s'y chauffer I . . » C'est qu'il grelotte dans sa chambrette, le pauvre grand artiste I Une
autre fois, je l'ai dit, c'est la pupille de Pixis qui lui fait les yeux doux.
Ils s'étaient déjà vus à Prague et n'éprouvèrent que plus de plaisir à se retrouver à Paris. Comme le Géronte était absent, Agnès reconduisit Arnolphe jusque dans l'escalier. Survient Géronte, fort surpris et fort irrité de ce tête-à-tête. Il ne répond que par un grognement aux salutations de son hôte, et, tournant tout son courroux contre sa volage pupille : « Qu'est-ce que vous faites ici? s'écrie-t-il ; pourquoi accompagnez-vous ce jeune homme? » Fort heureusement, le concierge, que ce jaloux chargeait de la surveillance de son intérieur, vint lui affirmer que le jeune homme venait à peine de monter. Pixis se confondit alors en excuses ; mais je ne sais s'il se montra aussi hospitalier que la jolie dame du second du boulevard Poissonnière, et s'il eût invité Fritz à venir se chauffer à son feu... Il en avait bien besoin pourtant... Sa caisse était aussi vide que