GENÈVE
dont l'imposante beauté s'harmonise avec l'éclat et la gaieté des couleurs, on voyait se grouper l'élite de la société. Souvent un jeune homme, à la moustache blonde, au regard bleu, que voilait une expression de mélancolie, au nez busqué, long et fort, portant dans toute sa personne un ensemble de distinction, de rêverie, de fermeté et de douceur, écoutait, fumant une cigarette, ces airs inconnus que jouait devant lui la « brune fille d'Euterpe », ainsi qu'il appelait Marie. C'était le prince Louis-Napoléon , qui plus tard sur le trône, et quand le malheur vint à frapper cette famille si unie et si prospère, se souvint d'anciennes relations d'amitié. Il fut du nombre de ceux qui donnèrent un démenti aux vers du poète : Do7iec felix eris... On y remarquait aussi le poète aux yeux sombres, au front bombé, à la bouche ironique et plissée, que nous avons vu à Paris, chez Frédéric. Son regard ne quittait pas Marie, ses traits prenaient alors une
^0 LES TROIS KOMANS DE i^HOPIN
expression rayonnante. Son masque tragique devenait beau sous l'empire d'une émotion qui lui venait du cœur. C'est qu'il aimait la brune fille d'Euterpe. Un jour, entrant dans cette pièce, qu'elle seule illuminait à ses yeux, il se saisit de ses longues tresses soyeuses et les porta rapidement à ses le* vres. Personne ne l'avait aperçu, hormis celle à laquelle il voulait ainsi avouer son amour. Elle en rit. Lui cet être morose et • grave, lui ce desespéré de la vie, recourir à ces sentimentalités de bergerl Et plus elle riait, plus le poète sentait dans son cœur blessé s'enfoncer le dard du dieu malin. Après une de ces excursions à laquelle prit part le prince exilé, et aussi Jules Slowaçki, ce poète qu'énamouraient les yeux si beaux et les cheveux si doux de Marie, une excursion, où toute cette jeunesse fit retentir d'échos en échos, à travers les rochers et les monts, les rires et cette joie de vivre da, la vingtième année, après ùneTisite à. la grotte*