George Sand, Histfnre de ma vie
années de confiance, d'insoucieuse jeunesse, de gloire tout éclatante comme une fleur fraîchement cueillie, de rêveries amoureuses et de projets d'avenir. En un jour, en un instant, sous ce tilleul, dans le petit jardin de Marienbad, le souffle du vent d'automne passa sur cette âme d'artiste si pleine d'espoir, et il lui sembla que tout s'y effeuillait soudain, que tout y devenait sombre, froid, dénudé comme un de ces paysages mornes de sa patrie, quand novembre vient découronner les bois, et que les premières neiges s'étendent en un linceul dans l'immensité des plaines. Il revint à Paris, portant en lui même ce silence et ce désert; puis, les jours s'ajoutant aux jours, y ranimèrent les ardeurs de la vie. Cependant il sentait qu'il s'était opéré une transformation dans son être. Il ne se retrouvait plus lui-même; il regrettait la fraîcheur printanière de ses sentiments, le charme de l'adolescence disparus. Des pressenti-