CONTRASTES
l'une des parties en cause. Jamais caprice du sort, je l'ai dit, n'avait uni deux êtres plus dissemblables. Elle était l'image de la nature même, généreuse, expansive, bonne, jouissant plus du bonheur présent que tourmentée des regrets du passé, parce que, comme dans la nature sans cesse en travail, et où tout se renouvelle, son cœur, qui avait de la tendresse et le besoin impérieux « d'exercer cet instinct », se trouvait assez riche pour reporter cette tendresse aussi vivace, aussi franche d'un objet à un autre. Lui, au contraire, était exclusif et jaloux dans ses affections. Son inspiration le maintenait à des hauteurs qui le faisaient se heurter et se blesser aux aspérités de la terre. L'élégance raffinée de sa personne, qu'un pli de rose suffisait à froisser, correspondait à la délicatesse de ses sefitiments. L'entourage républicain de George répugnait à cet enfant chéri de l'aristocratie internationale. — Ses scrupules catho-
liques, égarés, perdus dans l'infini de la religion panthéiste que professait Consu elo le poursuivaient de leurs terreurs. Cette union que n'avait point bénie l'Église, lui inspirait la crainte de l'enfer, tout en lui procurant ici-bas les délices du ciel. Il aima de toutes ses ardeurs, de toute sa tendresse passionnée, contenue jusque-là; la possession avait rivé plus lourdement les chaînes qui retenaient son génie captif sur la terre, et l'effort vain qu'il fit pour s'en affranchir, la volupté qu'il retrouvait à retomber dans l'esclavage des sens, cette lutte et cette fièvre incessante devaient miner ses forces. Il avait toutes les exigences impérieuses de la passion sans en posséder les sources vitales . Il chérissait, et il se sentait peu ou du moins autrement chéri. Or, chérir en étant peu ou mal chéri soi-même, c'est être malheureux, et c'est elle-même qui le dit : « J'avais pour l'artiste une sorte d'adoration maternelle très réelle et très vraie. »