‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 100 sur 106 · LE CAPITOLE ET LE SVNTO BAMBINO · texte numérisé non relu

LE CAPITOLE ET LE SVNTO BAMBINO

de Constantinoplo Pierre de Courlcnay, comte d'Auxcrro. Après avoir oflert l'auguste victime sur cet autel des martyrs, nous visitâmes rentrée des catacombes, et nous rentrâmes dans Rome.

Quelques heures plus tardj'étaissurle Capitule, dans l'église d'Ara-Cœli. Pourquoi revenir dans ce lieu déjà visité? Ah! c'est qu'après avoir admiré la veille les pompes du Vatican, on est curieux d'assister le lendemain aux joies naïves du Presepio. Afin que tous les âges aient leur part de bonheur dans la Nativité de l'Enfant divin, il est d'usage à Rome de laisser prêcher les petits enfants dans l'église d'Ara-Cœli. La statue du Santo Banibino, si célèbre et si vénérée des Romains, y est exposée pendant roctavc dans une chapelle parfaitement décorée. Entouré de tous les personnages qui furent témoins du mystère, l'Enfant Jésus resplendit de diamants et de pierres précieuses. Au pilier voisin s'appuie une petite chaire à prêcher; c'est là que les jeunes Romains, et même les jeunes Romaines de sept à dix ans, viennent dans leur naïf langage bégayer les louanges du petit Jésus. Deux mois avant la fête, père, mère, frères et sœurs, tout le monde est en mouvement dans les familles. Les uns composent, les autres font répéter au jeune enfant le petit sermon de Noël.

Lorsque j'arrivai, c'était une petite fille qui occupait la chaire : à en juger par sa taille, elle pouvait avoir huit ans au plus. Elle parlait avec beaucoup d'onction et de vivacité; le geste était naturel, le ton juste et varié : c'était un petit Bossuet. La péroraison fut palhéliquc. L'orateur tomba à genoux, étendit ses petites mains vers le Santo Bambino, lui adressa une naïve prière, puis donna la bénédiction absolument comme un vieux prédicateur. Ainsi qu*aux savantes conférences des PP. Lacordaire et de Ravignan, un mouvement approbateur se manifesta dans le nombreux auditoire, que le respect dû au lieu saint empêcha seul d'éclater en applaudissements. Les petits prédicateurs, comme on dit à Rome, se succèdent dans la chaire d'Ara-Cœli pendant toute l'octave, depuis dix heures du matin jusqu'à trois heures du soir : et toujours il y a foule. Je ne sais ce que nos chrétiens philosophes pensent de cet usage. Pour moi, outre le plaisir très-légitime qu'il procure aux enfants, il me semble de nature à produire d'utiles résultats. Les prédications enfantines de l'Ara-Cœll font vivre longtemps dans les familles la pensée de la crèche et déterminent plus d'un acte de vertu. Pour avoir le bonheur de célébrer les louanges du Santo Bambino, il faut être sage ; pour accompagner le jeune prédicateur, il faut encore que les frères et sœurs, plus âgés, soient sages. Or, avec le caractère de l'enfance, on comprend tout ce qu'une semblable promesse est capable d'obtenir. Moi-même je conduisais par la main un petit garçon de sept ans, qui disait dans son naïf langage : Je marcherais bien dans le feu pour entendre les petits prédicateurs.

Aujourd'hui ce n'était pas au travers du feu qu'il fallait passer, mais bien à travers des torrents d'eau; car il pleuvait admirablement. Néanmoins les marches du Capitole étaient couvertes de monde, et toutes les

parties de l'église encombrées. A voir toutes ces figures rayonnantes, je ne sais où il y avait le plus de bonheur : ou dans le cœur de l'enfant qui, à peine sorti du berceau, venait bégayer les louanges de l'Enfant- Sauveur; ou dans le cœur de l'aïeul aux cheveux blancs, qui, pendant le sermon, laissait de temps en temps échapper de grosses larmes, ou souriait à son petit ange, jusqu'à ce qu'il pût le serrer dans ses bras avec un renouvellement de tendresse. Pour nous, qui nous piquons de philosophie et de bon goût, nous avons supprimé tous ces usages qui sentent la simplicité et la vieille bonne foi de nos pères, et nous croyons avoir fait des merveilles. Peut-être qu'en y regardant de plus près on trouverait que nous avons réussi à rendre la religion bien froide, bien sèche, bien austère, sans la rendre plus respectable, ni plus aimable. Quoi qu'il en soit, ayons assez d'équité pour ne pas condamner des usages reçus ailleurs, uniquement parce qu'ils choquent nos préjugés nationaux.

Le monl Cœlius. — Une maison des anciens Romains. — Église el monastère de Saint- André. — Triclinium des pauvres. — Souvenirs. — Saints Jean el Paul. — Les Religieux passionnistes. —Villa Mallei. — Casernes des soldats étrangers.— Église de la Navicella. — Saint Philippe de Néri. — Maison de sainte Cyriaque. — École de gladiateurs. — Grande Boucherie. — Église des quatre SS. Couronnés. — Sainl-Étiennele-Rond. — Peintures. — Forum de Trajan.

Des sept collines sur lesquelles Rome est assise, il nous en restait deux h explorer : le Cœlius et l'Aventin. Passant sous l'arc de Constanfin et suivant la voie Triomphale, nous arrivâmes de bonne heure au pied du mont Cœlius. Celte colline est la plus longue et la plus irrégulière de toutes. Appelée d'abord mon^ Querquelulanus à cause des bois de chêne qui la couvraient, elle i^eçut, sous Tarquin l'Ancien, le nom de Cœlius, en mémoire de Celé Vibenna, capitaine dos Étrusques, qui vint au secours des Romains. Voici l'inventaire abrégé des anciens monuments qu'on y trouvait :

En première ligne se présente la maison de Mamurra. Ce chevalier romain, né à Formium, devint préfet des ouvriers de Jules César, dans les Gaules, prœfcdum fabrorum. A ce métier il gagna, comme tant d'autres, une fortune considérable, qu'il vint dépenser en luxe de tout genre et en constructions somptueuses. De ce nombre était une superbe maison sur le mont Cœlius. « Le premier d'entre les Romains, dit Pline, Mamurra fit revêtir de maiin-c toutes les parties de sa maison ; pas une colonne, dans ses nombreux portiques, qui ne fût de marbre de Caryslc ou de Luna (i). » Mais que fais-jc? Pourquoi ranger parmi les monuments romains la mai-

(i) Primum Romœ parictcs crusla marmoris opcruisse totius domus sua; in Cœlio

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