UNE MAISON DES ANCIENS ROMAINS. "27 T
son de Mamurra, puisque Rome en possédait beaucoup d'autres non moins somptueuses? Telles étaient en particulier celles de Pompée dans les Carènes [\), de Caïiis Aquilius, sur le mont Viminal ; de Q. Catulus, le vainqueur des Cimbres ; de l'orateur Crassus, aclieléc depuis par CicéroD (2); de Scaurus, toutes quatre sur le mont Palatin (3); de Lépidus (4) et de bien d'autres encore.
Quoi qu'il en soit, la maison de Mamurra peut nous donner une idée des habitations romaines. Entre la rue et la façade de l'édifice était une place appelée Area onVcstibulum, afin que ceux qui venaient le matin saluer le maître du logis, ne fussent pas obligés d'attendre sur la voie publique. Au milieu s'élevait ordinairement une statue de bronze représentant le propriétaire (5). La porte d'entrée, à double battant, revêtue d'airain et ornée de bulles ou gros clous ti tête dorée (e), ouvrait sur U Prothyrum. Tel était le nom du passage qui conduisait de la porte extérieure à la porte intérieure (7) ; à droite et h gauche étaient les Cellœ ou loges du portier et du chien (s). Ce portier, ostiarius, était un malheureux esclave retenu comme le chien par une forte chaîne (9). L'extrémité du Prothyrum communiquait, au moyen de la porte intérieure, avec une vaste cour carrée, entourée de colonnades en marbre et formant portique : c'éiailV Atrium (10). On nommait Cavœdia les portiques adossés à l'habitation; la partie vide de la cour, Impluvium; le bassin de marbre qui occupait le centre, Compluvium, parce que dans les maisons qui n'avaient pas d'eaux vives, il recevait les eaux de pluie versées par les Cavœdia (11). C'était une heureuse conception que ces portiques couverts, adossés h la maison avec laquelle ils communiquaient de tous côtés, et où l'on pouvait se promener à l'ombre. Il en faut dire autant du bassin de marbre placé au centre, et d'où jaillissaient des eaux vives qui entretenaient la fraîcheur. Le luxe se joignait à l'agrément; les portiques étaient ornés de peintures à fresque et enrichis de statues de marbre et de bronze (12) , et VImpluvium couvert d'un voile de pourpre , afin de l'abriter des rayons du soleil (13).
monte Cornélius Nepos tradidil Mamurram Formiis nalum, equilem romanum, prrefecium fabroriim C. Ccesaris in Gallia.... Namque adjecil idem Nepos eum primiim totis aedibus nullam nisi è niarmore columnam habuisse, omnes solidas è Carysiio, aui Lunensi. Plin., lib. xxxvi.
(1) Patercul., ii, 77.
(3) Cic, pro domo, '2i, 44.
(4) Plin., XVII, 1.
(s) Id., XXXVI, 6.
(6j Macrob., Saiur., vi, 8. — Tarit., Annal., xi, ô3.
(7j Cic. in Verr., iv, 36. — Plaut., Asin. ii, 4; v, 20.
(s) Macrob., Satur. n, 15. — (9j Pelron., î28.
(lo) Pelron., 64. — (ii) Fesliis,v. Atrium.
(lî) Plin., XIX, 1. Varron., l, iv, p. 58.— Mazols, Ruines de Pompéi, t. ii, p. .>.5.
(IX) Vitr., vn,2.— (u)PIin., XXXV, 5.
Trois pièces ouvraient sur le fond de YAtrium. Celle du milieu, appelée TaMinum, contenait les archives de la famille; les deux autres, placées à droite et à gauche, et appelées Alœ, renfermaient les images des aïeux. Chaque portrait était placé dans une niche séparée, Armarium. Une inscription, gravée sur la base, rappelait les titres, les honneurs, les belles actions de celui dont VArmarium conservait l'image (i). Partout chez les maîtres du monde on trouve les marques d'une profonde vénération pour l'autorité paternelle : le lien de famille fut le véritable secret de la puissance romaine.
Autour de l'A^rmm régnaient les Triclinia ou salles de festins. Ici se révèle eu mille recherches ingénieuses le sybaritisme des Romains. D'abord, les Triclinia étaient disposés et multipliés suivant les saisons de l'année (2). Il y avait des triclinia d'hiver, exposés à l'occident; de printemps et d'automne, à l'orient; d'été, au septentrion (3). Chacun portait un nom particulier, tel que le triclinium d'Apollon, celui de Mars, etc. Dans les triclinia d'hiver les lits étaient incrustés d'or et d'ivoire (4); dans ceux du printemps et d'automne, ornés de plaques d'argent ou d'écaillé de tortue (5); dans ceux d'été, ils étaient de bois d'érable et de cèdre avec les encoignures et les jointures en baquettes d'argent (c). La garniture des lits se composait de matelas rembourrés de laine des Gaules, de plumes ou de duvet de cygne, de coussins recouverts de soie ou de pourpre, de housses magnifiques, les unes brodées de diiférentes couleurs, les autres enrichies de dessins représentant des chasses avec tout leur appareil. On faisait venir ces housses de Babylone; une seule coiàtait quelquefois jusqu'à cent mille sesterces, c'est-à-dire 165,666 fr. 66 c. (7). Ajoutons que les Triclinia étaient ornés de colonnes de marbre ou d'albâtre, pavés en mosaïque, tendus en étoffes attaliques, et décorés de statues d'un grand paix, servant de candélabres pour les repas de nuit. Des voiles, arrangées en forme de tentes militaires, pendaient à la voûte, au-dessus de la table du festin, pour la garantir de la poussière (s).
C'est qu'en effet les tables ne le cédaient ni en magnificence, ni en variété aux lilstriclinaires (9). Portées sur un seul pied d'argent, d'ivoire, d'airain ou des bois les plus rares, elles offraient aux regards éblouis toutes les merveilles de la sculpture (lo). Les plus recherchées étaient en
(1) Tit. Liv., x,7; xxx, 4o. — Tacil., Annal, xiv, 17, etc. (ï) Vilr., lib. L, Vil, p. 90.
(z)Id., VI, 7.
(4)Plaul.,S<ic/i. 11,2, V. oô.
(5) Varr., lib. l, viii,p. 110.
(6) Plin., xxxiii, 11.
(7) Plin., VIII, 48. — Cic, Tuxcul. m, 19. — Mart., xiv, IGI ; id., m, 40.
(8) Plin., XXXVI, 2."). — V. Max., ix,15. — Lucrcl., u, v. 24. — Scrv. in jEncid., i,v. 701.
(9) Rome au siècle d'Auguste, t. i, p. 157.
(10) Juv., Sa/. Il, V. 1-22.