‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 103 sur 106 · ÉGLISE DE LA NAVICELLA · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE LA NAVICELLA

« Au génie tutélaire du camp des étrangers, Alexandre Analiclarius, édile du camp, a justement et avec joie accompli le vœu qu'il avait fait dans un pays lointain. »

C'est donc ici que les Romains logeaient les barbares, appcléa au secours de l'empire. De ce nombre fut, en premier lieu, la cavalerie flamande qui formait la garde d'Auguste (i) ; vinrent ensuite les soldats germams, janissaires de Caligula (2) ; puis les troupes illyriennes, enrôlées dans l'armée de Galba, et qui se trouvaient à Home le jour même où cet empereur fut tué (5); enfin les cohortes arraénienues, gardes du corps de Constantin. Ici vint expirer un des derniers défenseurs de la liberté germanique, le roi Conodomarius, fait prisonnier par Julien l'Apostat (i).

Sur ces lieux de bruit et de tumulte s'élève aujourd'hui la paisible église de Sainte-Marie deUa yavicella. Son nom lui vient d'une petite barque antique, tiavicella, qu'on y trouva, et dont Léon X fit placer la copie devant l'église même. Cette barque était probablement un ex-voto offert, par quelque officier de marine, à Jupiter rcdux, dont le temple était sur cette partie du Cœlius, et que les soldats invoquaient pour obtenir un heureux retour (3). La superbe mosaïque du sanctuaire qui resplendit d'or et d'azur remonte au temps du pape saint Pascal I. On y voit le Pontife baisant le pied droit de la Reine du ciel et recevant la bénédiction de l'Enfant Jésus., Le Sauveur est debout dans le giron de sa mère : pose majestueuse qui atteste ici, comme à Saiute-Marie-Majeure, le dogme de la maternité divine. N'oublions pas que l'apôtre de Rome, saint Philippe de Néri, conduisait souvent en promenade ses disciples et ses jeunes pénitents à Sainte-Marie délia Navicella, et que, non loin de l'église, l'aimable vieillard prenait avec eux une innocente récréation. Cette partie de la colline fut témoin d'un autre événement dont le souvenir est bien cher au voyageur chrétien : elle vit le grand archidiacre de Rome, saint Laurent, retiré dans la maison de sainte Cyriaque, distribuer aux pauvres les trésors de l'église, la veille de son martyre (g).

Quand on visite le mont Cœlius, la marche est arrêtée à chaque pas par des souvenirs ou par des monuments qui font passer tour à tour de l'histoire profane à l'histoire chrétienne. Ainsi, nous venions à peine de quitter la Xavicella qu'il nous fallut faire halte devant le Lvdus matutinus. Cette école de gladiateurs, où l'on apprenait à tuer les hommes avec art, était voisine de la grande boucherie, Macellum magnum. Un nom, voilà tout ce qui reste de ces deux édifices autrefois si bruyants et si chers aux Romains cruels et voluptueux. 11 en est de môme du camp des cinq

(i) Dion., lib. lui.

(2) Sud., 58.

(s)Tacit.,/7isf.,lib.i.

(4) Amm. Marc, lib. xvi.

(5) Nard., Rom. ant., p. 8-5.

(6) Mazzol., 1. V, p. 329.

Cohortes nocturnes, établies par Auguste pour veiller pendant la nuit à la sûreté des habitants et porter secours en cas d'incendie. A ce double titre, elles rendirent de grands services : Rome était habituellement pleine de fdous, et, malgré l'absence des cheminées, beaucoup plus exposée que nos villes aux ravages du feu (i). Parmi tous ces débris d'un monde qui n'est plus, s'élève un monument chrétien; car sur le large plateau du Cœliiis, comme à la cime étroite du Capitolc, l'Évangile arbore les trophées de sa victoire : voici la célèbre église des quatre Saints Couronnés. Cimentée avec les larmes et le sang des premiers fidèles, restaurée par le pape Honorius I", elle fut enrichie, par saint Léon IV, d'un trésor de reliques insignes. Quatre urnes, dont deux en porphyre, une en marbre serpentin, l'autre en bronze, sont placées sous le maître autel, et renferment les ossements brisés des quatre titulaires et de cinq sculpteurs, tous martyrs.

Sévère, Sévérien, Carpophore et Victorin étaient frères. Sommés par Dioclétien de sacrifier aux idoles, ils expièrent leur refus par d'horribles tortures; mais ils obtinrent la palme du martyre. Leurs corps, abandonnés aux chiens, furent respectés par ces animaux, et enterrés secrètement par les frères, sur la voie d'Ostie, à trois milles de Rome, puis rapportés au lieu où le monde catholique les honore aujourd'hui. Mais ils ne furent point rapportés tout seuls; cinq compagnons de leurs combats, ensevelis auprès d'eux, devaient partager leur triomphe. Claude, Nicostrate,Symphronien, Castorius etSimplicius, sculpteurs célèbres, avaient été requis par le tyran d'employer leur ciseau à façonner des idoles, u L'artiste peut-il adorer l'ouvrage de ses mains ? peut-il l'offrir à l'adoration d'autrui? » telle fut leur réponse ; elle méritait la mort. Jetés dans un noir cachot, soumis à de longues et effroyables tortures, les généreux confesseurs furent enfin renfermés dans des caisses de plomb et précipités dans le Tibre. Debout sur la rive, les chrétiens confondus dans la foule épièrent le moment favorable pour les retirer du fleuve et leur donner la sépulture (2). Artistes chrétiens, ne manquez pas de venir h leur tombeau; croyez-le bien, des ossements des martyrs sort une vertu qui purifie le cœur et une Hamme sacrée qui allume le flambeau du génie.

Pour achever noire pèlerinage sur le Cœlius, il nous restait à faire une dernière station; elle n'était pas la moins intéressante. Au voisinage de la Navicella, s'élève l'église monumentale de Saint -Étiennc-le-Rond. Temple de Jupiter étranger, temple de Bacchus, temple de Claude, arsenal, salle de bains, voilà, suivant les différents archéologues, ce que fut dans l'origine cette construction païenne. (5). Quoi qu'il en soit, l'an 4G8 elle

(1) Sur les camini des anciens, voyez la Dissert, de Maffei, dans le Recueil de Calogera, t. xi.vii.

[i) Mazzol.,1. VI, p. 293.

(5)Nard.,p. 8G.

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