TARASCON
il n'était pas sur les bords du Rhône dans une autre caverne qui senr'ait de tombeau i la pluiiart des voyageurs. L'héroïne entre dans le bois, s'avance jusqu'à l'ouverture de la caverne, et d'une voix assurée elle dit au monstre : Au nom de Jésus-Christ, je te commande de sortir!
« A l'instant on voit paraître une bêle si affreuse que sa vue seule était capable de faire mourir d'clTroi. C'était un animal moitié quadrupède et moitié poisson, il avait le corps plus haut et plus long qu'un taureau, la tête d'un lion, les dents longues et tranchantes, le crin d'un cheval, les pieds d'un ours, et il en avait six, et la queue d'un serpent; son corps était couvert d'écaillés à l'épreuve des plus fortes armes; sur son dos s'élevait une arête armée de pointes aiguës et dures comme du fer. A son aspect, les plus intrépides se sauvent; la sainte reste seule. Enchaînée par une puissance divine, la Tarasque s'approche en rampant et vient déposer à ses pieds les membres palpitants d'un malheureux voyageur qui devait être sa dernière victime. La sainte lui touche la tête avec la croix, et lui passant son cordon autour du cou, amène le monstre devenu doux comme un agneau : toute la ville accourt au bruit du miracle. Pour se venger des cruautés qu'elle leur avait fait souffrir, les habitants tuèrent la Tarasque après l'avoir frappée et déchirée sans plus la craindre qu'une béte de toile peinte. Des bénédictions unanimes furent données à Marthe, et la puissance du Dieu des chrétiens publiquement reconnue. En mémoire de cet événement qui fut pour nos pays la fin de l'idolâtrie et le commencement de la foi, nous célébrons chaque année une fête superbe à laquelle vous seriez contents d'assister, o
Le brave homme allait nous raconter la fêle de la Tarasque dont personne n'ignore les détails; mais notre attention fut appelée sur d'autres objets. Le château de Tarascon nous montrait ses noires murailles, du haut desquelles furent précipités, après le 9 thermidor, un grand nombre de républicains forcenés. Ainsi, à quelques lieues de distance de ces théâtres sanglants de la révolution française, la glacière d'Avignon, pour les victimes; le château de Tarascon, pour les bourreaux : même genre de supplice; justice de Dieu!
Cependant l'heure de partir pour Nîmes était arrivée. Repasser le pont, saluer le vaste champ de foire, alors désert, le canal du 3Iidi couvert de bâtiments, franchir Beaucaire dans toute sa longueur, fut l'affaire des dix minu'.es qui nous restaient h dépenser. La onzième expirait à peine que les brûlants véhicules de l'industrie nous emportaient avec la rapidité du vent, à travers une vaste campagne plantée d'oliviers. Ces arbres précieux dont les feuilles petites et grisâtres sont loin de flatter la vue de l'étranger, réjouissaient alors le cœur du propriétaire; ils étaient chargés de fruits qui promettaient aux heureux Provençaux une année d'abondance. L'olivier veut être cultivé avec soin, taillé et fumé tous les trois ou quatre ans : à ce prix il paye largement les sueurs de l'homme. Le mûrier qui l'accompagne presque toujours n'est pas moins utile ; son vert feuillage
forme la bordure ordinaire des plants d'oliviers et donne au paysage un aspect moins monotone.
En moins d'une heure, sept lieues avaient été franchies : nous étions au débarcadère de Nîmes. La cathédrale si riche de souvenirs, le puits de l'évéché, vivant tombeau d'une foule de catholiques pendant les guerres de religion, la fameuse fontaine avec son jardin, l'orgueil des Nhiiois, tels furent les premiers objets de notre ardente curiosité. La source qui forme une rivière sort du pied d'une montagne au sommet de laquelle s'élève la Tour-Magne, ancien phare bâti par les Romains. Le versant qui regarde la ville est paré d'arbres verts et présente l'aspect gracieux d'un jardin anglais avec ses allées en spirale, ses rocs saillants, ses accidents de terrain et ses échappées de vue d'un elTet vraiment pittoresque. Dans le bassin même formé par la source de la fontaine, se trouvent des bains romains et un temple de Diane, dont le soubassenieut est très-bien conservé. Vingt-cinq pas plus loin, au pied d'un rocher, s'élève un temple druidique, si toulefois les druides avaient des temples. Les gros quartiers de pierres brutes qui le composent, contrastent d'une manière frappante avec les sculptures délicates du temple de Diane. Le génie des deux peuples se révèle dans ce double monument, et le paganisme s'y montre avec ses deux caractères distinctifs : la cruauté et la volupté. En suivant ces belles eaux dont la pureté et la transparence me rappelaient les rivières de la Suisse, nous parcourûmes tout le janlin de la fontaine, véritable Luxembourg de Nîmes, et nous arrivâmes à la Maison-Carrée.
Ce temple qui, par sa conservation, tient le premier rang parmi nos ruines romaines, forme un parallélogramme appuyé sur trente colonnes cannelées d'une bonne architecture. Placé au milieu d'un /bn</n, ce monument fut, selon toute apparence, bâti par Agrippa, et dédié à Auguste. Mais après la mort du jeune Marcellus, ayant adopte les enfants d'Agrippa son gendre, auxquels il donna le titre de Césars, on croit que ce temple leur fut consacré. Tel paraît être le sens de l'inscription suivante :
C. CAESÂRI AUGUSTI F. COS. LUCIO CAESARI AUGDSTI F. COS. DESIGNATO, PRINCiriBUS JUVENTUTIS.
« A C. César fds d'Auguste, consul. A Lucien César fds d'Auguste, con- » sul désigné, princes de la jeunesse. »
La Maison-Carrée, qui sert aujourd'hui de muséum et de galerie, otTrc une collection remarquable d'antiquités. Les bustes en marbre, les sarcophages en granit, les statuettes en bronze des divinités païennes, y sont beaux et nombreux. Parmi les pierres tombales, je remarquai celle dont l'inscription commence par ces mots : pax aeterna. Jusque sur les trophées de la mort les païuns tenaient à graver le dogme social de l'immortalité. En tête des tableaux se montre Cromwcll ouvrant le tombeau de