‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 20 sur 106 · NAVIGATION · texte numérisé non relu

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les écoutilles, boiichaienl les sabords; ceux-ci travaillaient à la pompe, cl tout cela se faisait au milieu d'uu échange continuel de cris, de mois, de signes, auxquels jo ne comprenais rien : je crus voir l'image du chaos; à mes yeux l'équipage avait perdu la léle et agissait complètement au hasard.

» Tremblant et déconcerté, je descendis machinalement dans la chambre du pilote ; là, je trouvai un vieillard à la t('le chauve, à la physionomie méditative; il était seul, recueilli et pensif, la main appuyée au gouvernail, et l'œil fixé sur une carte marine : tantôt je le voyais mesurer avec le cadran la hauteur du soleil, et marquer avec précision les degrés du méridien; tantôt examiner sur la boussole la déviation polaire. Tout autour de sa chambre je voyais suspendus des astrolabes, des montres marines, des télescopes; je m'aperçus qu'il se servait de toutes ces choses, dont j'ignorais l'usage, pour la direction du navire; je m'aperçus encore que de sa cabine il envoyait tous les ordres à l'équipage, qui les recevait dans un respectueux silence et courait les exécuter. Je compris alors que toutes les opérations inintelligibles pour moi, qui s'accomplissaient dans les diverses parties du bâtiment, étaient préparées, ordonnées, calculées avec sagesse pour le salut du vaisseau. Je ne les comprenais pas mieux pour cela. Néanmoins, la haute idée que j'avais de la science et de l'habi- Icté du pilote suffit pour me rassurer pleinement jusqu'au terme de notre navigation.

» Jeune homme, le monde est un océan, la société un navire que Dieu conduit; les hommes, leurs passions, les créatures, les événements divers sont les cordages, les mâts, les voiles, les ancres, les astrolabes et les matelots de la Providence. Vous ne comprenez rien au jeu combiné de tous ces instruments et vous tremblez, et vous vous récriez! Mon ami, faites comme moi, entrez dans la chambre du pilote. En voyant la sagesse infinie, la main sur le gouvernail, l'œil fixé sur le but, l'univers entier soumis à ses lois, vos frayeurs s'évanouiront; vous rougirez de vos murmures, et votre cœur reposera doucement dans la confiance et la paix.. » Le jeune militaire leva les yeux au ciel, inclina la tête et approcha de ses lèvres la main du vieillard qu'il mouilla de ses larmes; puis il se tut et s'enveloppa dans sou manteau.

Cette conversation, dont je n'avais pu saisir que la fin, me frappa si vivement que j'en fus préoccupé pendant le reste de la traversée.

Cuisine ilalienne. — Vue intérieure de Gênes. — Influence française.— Espril religieux

— Anecdote.

Il était onze heures du matin, le soleil brillait de tout son éclat, lorsque nous saluâmes Gcncs, la superbe. Vue du côté de la mer, cette ville de marbre offre un aspect magnifique. Assise sur un plan incliné, la seconde reine du moyen âge, la pairie de Colomb, baigne ses deux pieds dans la mer et appuie gracieusement sa tète à des montagnes couvertes d'une riante verdure et couronnées par d'importantes fortifications. Avant de franchir les rayons de l'octroi maritime, on jeta l'ancre; aussitôt voici venir une flotte entière d'emljarcations légères, destinées à transporter les voyageurs au bureau de la police. Sur la rive, près de cet antre de Plutus, antre étroit, sombre et enfumé, vous attendent des nuées de harpies et de vautours appelés facchhii qui sautent dans votre nacelle, s'emparent de vos effets et vont les jeter aux pieds de l'argus en unilbrme, qui, il faut le dire à sa louange, bouleverse impitoyablement vos bagages sans demander de rétribution. Sa visite achevée, les portefaix se précipitent de nouveau sur vos malles et vos valises, et, moyennant finance, les portent aux hôtels de leur choix. A celte cohue, ajoutez les valets de restaurants, les garçons d'hôtels, les ciceroni, les voiturins qui se disputent vos personnes et l'honneur de vous servir, et tout cela en même temps, et dans un langage qui n'est celui d'aucun peuple civilisé. C'est à ne savoir de quel côté donner de la tête, et le malheureux voyageur se laisse faire. Pi^écédés, suivis, entourés par je ne sais combien de ces figures inhumaines, nous arrivâmes à l'itôtel des Étrangers.

Nous venions de subir nn jeûne d'environ vingt-quatre heures : l'air de la mer ouvre l'appétit, nous étions pressés de faire connaissance avec la cuisine génoise. Notre première séance gastronomique en pays étranger mérite une mention, si ce n'est honorable, du moins détaillée. Au centre d'une grande pièce carrée, nue, grisâtre, tapissée d'une vieille armoire, s'élevait une table couverte d'un lapis de laine rouge, bleue et jaune, sur laquelle une nappe jadis blanche, ornée de trois œufs frais, ou soi-disant tels, de dix pains de la grosseur du pouce, et de quatre petits vases en verre que nous prîmes pour des salières. A la vue de cet étrange couvert, nous nous aperçûmes que nous avions décidément passé les frontières de la Gaule Transalpine : la nature des mets et leur préparalion achevèrent de nous apprendre (|uenous étions en pays étranger. Avec la pointe de son couteau, un de nos jeunes amis, ennemi juré du sucre de canne ou de betterave, prend un peu de cette poudre blanche contenue clans les yases de verre, la dépose dans son œuf, croyant y mettre du sel,

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