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LE COUP DE VENT DES MORTS

premier Adam, et de l'autre la force de résistance déposée dans son âme par la grâce du second Adam. Or, tant qu'il y a lutle, l'action du christianisme se fait sentir, la foi vil et l'espérance demeure. Mais les Italiens commettent le mal, dites-vous! — Eh, sous quel climat les (ils d'Eve sont-ils impeccables? On péchait au moyen âge, on péchait même dans les premiers siècles de l'Église, mais en général on ne pouvait pas vive avec le remords. Tel est encore, sauf les exceptions, le peuple de la Péninsule. — Il se repent, il se confesse, ajoutez-vous, puis il retombe! Dans les pays où l'on ne se repent plus, où l'on ne se confesse plus, les hommes sont-ils confirmés en grâce? vivent-ils comme des anges? meurent-ils comme des saints? Plus tard, nous étudierons certaines statistiques et nous saurons à quoi nous en tenir.

Vers la fin de notre conversation un grand bruit se fit entendre dans un escalier voisin. « Voici, dit lo Père, nos jeunes gens qui arrivent : c'est l'heure de la dominicale. » Et en efi'et, l'élite de la jeunesse, formée en association pieuse, se réunit chaque dimanche pour vaquer à de saintes pratiques, s'exercer à la charité et placer sous la double égide de la prière et de la parole divine la plus délicate des vertus. Après avoir pris congé de notre aimable compatriote, qui devait lui-même présider l'intéressante assemblée, nous rentrâmes à l'hôtel; il était quatre heures.

La réunion des jeunes Génois nous en rappelait une autre bien chère à notre cœur et qui se tenait, en France, dans le même moment. La pensée qu'on y priait pour les voyageurs nous vint comme un doux parfum. Et qui sait? au pieux souvenir de ces âmes ferventes, nous devions peut-être de nous trouver à l'abri de l'horrible tempête qui agitait sous nos yeux le golfe de Gênes. Du balcon de l'hôtel, nous embrassions du regard la vaste étendue des flots. Le temps était froid, le vent violent et l'horizon couvert de sombres nuages. Les éclairs se succédaient avec rapidité, et le bruit du tonnerre, répété par les échos des montagnes, se prolongeait en roulements majestueux qui allaient expirer dans la profonde vallée de la Polcevera. La mer mugissait au loin, et la lame, qui venait se briser avec violence contre les rochers, rebondissait, en écumant, à plus de vingtcinq pieds au-dessus du mole. Les navires agités inclinaient leurs mâts en tous sens; tous les marins étaient à leurs bords, carguant les voiles, jetant de nouvelles ancres, et fermant les écoutilles; une foule inquiète se pressait sur le quai : Le coup de vent des morts passait. La tourmente dura plus de deux heures ; mais grâce à l'activité des équipages, on n'eut aucun sinistre à déplorer. Heureux d'être débarqués à Gênes, nous avions pu jouir sans danger du spectacle imposant d'une tempête; tandis que les passagers qui, la veille, avaient continué leur route sur le Lombard, furent pendant six jours retenus en mer, exposés à périr.

Hiipilal général. — Chambre de sainte Catherine de Gênes. — Église de Sainle-Mariedi Carignano. — Dépari de Gênes. — Novi.

Comme dans toutes les grandes villes, on rencontre à Gênes beaucoup de pauvres. Leur misère contraste péniblement avec l'extrême opulence des riche.?. Les fortunes de cent mille francs de rente ne sont pas rares dans la patrie des Doria. Cette richesse vient, en général, de l'ancien commerce de la république, et même du commerce moderne : les Génois sont encore avec leurs navires dans toutes les échelles du Levant. Mais à Gênes, comme dans les villes catholiques, la charité s'efforce de combler la distance qui séitare les deux extrêmes, en sorte que l'abondance des uns supplée à l'indigence des autres.

A dix heures, nous entrions à l'hôpital général, magnifique édifice qui peut être justement nommé le palais royal de la Charîlé. Je ne sais si l'on peut rien voir de plus imposant; le grand escalier, les rampes, le pavé des immenses salles, tout est en marbre blanc de Carrare, d'un grain fin et d'une pureté tout à fait remarquable. Là sont soignés, nourris, veillés la nuit et le jour par des a^iges venus de France, plusieurs milliers de malades, depuis le berceau jusqu'à la tombe. Au milieu de la salle principale (•st une chambre vitrée, c'est la demeure du bon Père. Digne fils de saint François, vieillard à barbe blanche, il est là, nuit et jour, comme la sentinelle à son posle, lisant, écrivant, priant, toujours prêt à recevoir et à consoler ceux qui entrent et qui sortent de ce royaume des douleurs. L'hôpital élève, à ses frais, mille filles exposées. Jusqu'à l'âge de douze ans, elles sont placées à la campagne : ce terme expiré, si les nourriciers ne les gardent pas, elles entrent à Valbergo des pauvres où elles passent quelque temps, puis reviennent à l'hôpilal général qui s'en charge pour le reste de leur vie. Seule capable de concevoir le bien sur une si vaste échelle, la charité trouve dans ses inépuisables ressources le moyen de l'accomplir. L'hôpilal général est entretenu par les fondations des nobles (iénois; chaque bienfaiteur y est représenté d'une manière différente suivant la grandeur de ses dons. Moins de cent mille francs donnent droit à une inscription ; pour avoir une statue en pied, il faut avoir donné au moins cent mille francs ; pour être assis, plus de cent mille.

Cette longue file de statues en marbre blanc, placées dans des niches pratiquées au-dessus des lits des malades, ne produit pas seulement un agréable coup d'œil, elle éveille encore dans l'àme un sentiment délicieux. Le paganisme plaçait les statues de ses grands hommes dans les thermes et dans les amphithéâtres, pour présider aux plaisirs et à la cruauté; le christianisme place les images des siens dans l'asile de la pauvreté et de

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