BELLO VICT0RE
ILLUSTRAVERUNT ;
PRINCEP3 BENEFICENTISSIJI.^
FACTA PONTIS COMMODITATE
GLORIAM FELICIOREM
ADJUNXIT.
ANNO M. DCCCXX (l).
Un peu plus loin, aux limites sanglantes de tous ces champs de bataille, nous lûmes une inscription d'un genre bien diflérent. Sur le portail d'un gracieuse maisonnette, fraîchement badigeonné, on voyait une madone, au pied de laquelle étaient agenouillés deux pèlerins. Au bas de cette jolie fresque étaient écrites les paroles suivantes, qui semblaient s'adresser à nous :
Figli d'Eva che pcr le vie andaie Di salular Maria non vi scordate (2).
L'Italie est, par excellence, le pays de la dévotion envers la sainte Vierge. Sa douce image apparaît partout aux yeux du voyageur; et le pauvre pèlerin de la vie est sans cesse averti qu'en traversant la vallée des larmes, il a dans le ciel une mère qui veille sur ses pas.
Nous entrâmes à Plaisance vers les dix heures du matin. Murailles, maisons, palais, églises, tout est en briques; les rues sont larges, longues, et peu fréquentées ; c'est assez dire combien l'aspect général de cette grande ville est triste et sévère. Veuve de sa gloire et de sa nombreuse population. Plaisance ne s'est jamais relevée de l'affreux pillage que lui fit subir, en 1448, le terrible François Sforce. Les églises, surchargées d'ornements, n'offrent rien de remarquable, à l'exception de la cathédrale, belle construction gothique du treizième siècle. La coupole est ornée de fresques Irès-estimées, du Guerchin et de Louis Carrache (t). A l'extérieur du clocher, on voit la fameuse cage de fer dans laquelle, dit-on, furent enfermées, pour les y laisser mourir, quelques-unes des plus illustres victimes des nombreuses révolutions italiennes. Plaisance rappelle au voyageur chrétien le souvenir de deux conciles mémorables. Le premier, tenu par le pape Urbain II, en 1095, cassa le mariage que Philippe 1"^% roi de France, avait contracté avec Bertrade, après avoir répudié Berthe, fille du comte de Hollande; le second, tenu par Innocent II, en 1132, condamna l'antipape Anaclet.
La stérilité de nos premières excursions fut compensée par une visite que je conseille à tous les voyageurs : c'est l'inspection détaillée de l'hô-
(i)En voici la tiadiiriion liticr.ile : <t Marii -Louise, fille de l'empereur-ccsar François !<■'•, arcliidiicliesse d'Aiiiiiriic, duchesse de Parme, de riaisaiice.à la vaste Trébie qu'Annihal l'an de Rome 5ô,j, Liclilensleiii l'an de J.-C. HiG, .Sownrow cl Mêlas Tan de J.-C. l"!f.), illuslicicnl par leurs vicloircs; celle princesse bieiiraisanie a ajoute une gloire plus heureuse parla construction d'un ponl, l'an 18^0.» (i) .1 Fils d'Eve (lui vous en allez par les clicinins, n'oubliez pas de saluer Marie. » (ï) Le premier né à Cenlo, en 15'JO; le second à Bologne, en looj.