LES DAMES DU SACRÉ-COEUR. • C
pital général. Comme à Gt-nes, nous y Irouvâmos les filles de Saint- Vincent de Paul. Appelées par Marie-Louise, elles n'étaient là que depuis le mois de juillet. Néanmoins tout avait changé de face dans ce bel établissement, où régnaient, avant leur arrivée, un pillage odieux et un indicible gâchis. Avec les bonnes sœurs, tous les abus ont cessé. Aussi Fadministratiou leur laissc-l-cUe pleine liberté d'agir et de régler lous les détails comme bon leur semble. Je me rappelai avoir vu la même chose h Lucerne et à Neufchâtel. Que] humiliant contraste pour les hommes qui gouvernent la France! Tracassièrc, minutieuse, défiante, notre bureaucratie lient les sœurs dans un odieux état de suspicion et de gêne, tandis que l'Italie et la Suisse, même protcslanlc, heureuses de se décharger sur nos hospitalières du soin des pauvres et des malades, leur accordent une confiance illimitée. Le simple bon sens leur dit assez que les filles de Saint- Vincent, devenues mères par la charité, ne dissiperont point le patrimoine de leurs enfants adoplifs.
La supérieure, qui parut charmée de voir des compatriotes, nous conduisit partout. Elle nous dit avec un accent de bonheur : « Ici le tour n'est point supprimé. Nos petites filles sont envoyées à la campagne jusqu'à l'âge de douze ans. Si elles reviennent h l'hôpital, elles sont libres d'y rester toute leur vie, à moins qu'elles n'aiment mieux se marier ou entrer en service. Dans ce dernier cas, le maître s'oblige, par un acte public, à s'en charger le reste de leur vie, ou à ne les placer que dans des maisons qui offrent toutes les garanties désirables. » il faut convenir qu'un semblable système atteint merveilleusement le but de la charité. Il assure tout à la fois la vie physique, l'éducation chrétienne et le sort de l'orphelin jusqu'à la fin de ses jours. En France, la charité, sous ce rapport, est incomplète. Abandonnée une première fois à sa naissance, la jeune fille l'est de nouveau au sortir de l'hospice : l'adoption sociale cesse en ce moment. Enlrée dans le monde sans protection, elle y reste avec danger, et trop souvent d'affligeants désordres viennent rendre inutiles les soins coûteux prodigués à son enfance. Que notre philanthropie ne se vante donc pas trop : il y a plus d'une lacune dans ses théories, et tout ce qu'elle fait de bien, la charité l'a fait avant elle et mieux qu'elle.
Borgo San Doiiino. — Casa di Lavoro. — Ponl du Taro. — Dames du Sacré-Cœur. — Éludes cléricales. — Vue de Parme.
A sept heures du matin, p.^r un temps froid et brumeux, nous prenions la route de Parme en compagnie de quatre Italiens. Après avoir traversé de vastes plaines dont aucun accident de terrain ne coupe la monotonie, on arrive promptement à Borgo San-Donino. Cette petite ville, élégam-
raent bâlie, forme avec sa banlieue le quati'iènie évèchë des États de Parme. La vue de son bel hôpital fil tomber le discours sur les institutions de charité. On nous apprit qu'il y avait à Parme, comme à Gênes, un ouvroir public où les pauvres valides allaient travailler à volonté. Faire gagner la vie à l'homme qui le peut, secourir à domicile celui qui en est incapable, c'est résoudre le difficile problème de concilier la loi du travail et de la charité. L'ouvroir italien n'a pas le caractère odieux, de nos dépôts; il ne prive pas le pauvre du seul bien qui lui reste, la liberté; et, néanmoins, il atteint le but que nous cherchons : l'extinction de la mendicité. Nous aurons lieu de revenir sur cette institution.
A quelque distance de Parme on passe le Taro, sur lui pont qui n'a de remarquable que sa longueur : elle est de cinq cents mètres. Arrivé dans la capitale de notre ancienne impératrice, le voyageur français apprend avec bonheur qu'il compte ici de nobles compatriotes, et une de ses premières visites fut pour les Dames du Sacré-Cœur. Institutrices de la classe pauvre et de la classe élevée, elles donnent à l'une et à l'autre une éducation éminemment chrétienne; de plus, leurs pensionnaires reçoivent une instruction toute française. Pour leur apprendre notre langue, la seule qu'elles étudient avec l'italien, les classes se font en français. Ainsi, grâce à Marie-Louise, notre nom est béni à Parme et à Plaisance, où notre influence se fait sentir à tous les âges et à toutes les conditions. Si la France voulait se souvenir de sa mission providentielle, et, cordialement soumise à l'Église, dont elle est la fdle aînée, mettre ses soins et sa gloire à propager les idées de sa mère, l'empire des peuples lui appartiendrait et ne lui serait pas contesté. Voyez ce que font dans l'intérêt de notre nom les Dames du Sacré-Cœur en Italie, nos Sœurs de Saint-Vincent dans le môme pays, ainsi qu'en Orient et en Afrique. Que serait-ce si leur action salutaire était secondée par ceux qui sont chargés de veiller aux destinées du royaume très-chrétien? Que serait-ce surtout, si, à côté des enseignements vivifiants et des soins maternels de nos religieuses, les peuples étrangers ne voyaient pas sortir de France d'autres doctrines que l'instinct de la conservation les oblige à repousser de toute leur énergie? Honte éternelle à ceux qui ont fuit mettre la pensée française au ban des nations et enrôlé dans la propagande de l'impiété le peuple missionnaire de la charité et de la foi !
La supérieure du Sacré-Cœur eut robligcancc de nous faire visiter sa maison et de nous mettre en rapport avec l'aumônier, jeune prêtre qui me parut joindre aux manières les plus polies un sens droit et un esprit cultivé. Il m'apprit que l'organisation des études ecclésiastiques est à Parme ce qu'elle est h Gènes et dans presque toute l'Italie. Le grand et le petit séminaire ne forment qu'un établissement; et les conditions rigoureusement exigées pour les ordres sont l'examen et la retraite de dix jours.
L'heure avancée nous permit à peine de jeter un rapide coup d'œil sur