CATHÉDRALE DE PARME. 6S
l'ensemble de la ville. Située dans une vaste plaine, Parme est beaucoup plus animée, et comme nous disons, je ne sais pourquoi, beaucoup plus vivante que Plaisance : nous la verrons demain.
Cathédrale de Parme. — Baplislèie. — .Musée. — G.ilerie. — Bibliothèque. — Intérieur de la ville. — Église Saint-Qucnliii.
La température, qui, la veille, était assez froide pour entretenir une légère couche de neige sur les plaines du Parmesan, s'était radoucie. Plus de frimas sur les arbres, plus de brouiliaixls dans l'atmosphère, mais un brillant soleil à l'horizon, un air tiède cl presque chaud, enfin une belle journée d'Italie que nous commenoAmes par la visite du Diiomo ou de la cathédrale. C'est un vaste édifice de style gothique, dont les détails ne manquent ni de finesse, ni d'élégance, mais dont l'ensemble est un peu lourd. La coupole est surtout remarquable par son élévation et par les fresques dont elle est ornée. Ces peintures passent pour le meilleur ouvrage du Corrège (i), et représentent rAssompllon de la sainte Vierge au milieu des anges. On admire surtout la hardiesse des raccourcis. En entrant dans l'église, on voit à droite, au fond d'une chapelle latérale, le monument, d'assez mince api)arence, consacré à la mémoire de Pétrarque : on sait que le célèbre poëte fut longtemps archidiacre de Parme. Je ne m'arrêterai point à décrire ni à juger les nombreux tableaux qui garnissent le sombre duomo, ainsi que la binllante église des Bénédictins.
Cette profusion de tableaux, de statues et de dorures répandus dans toutes les églises d'Italie, donne lieu à une observation qui ne doit point échapper au voyageur attentif. Plus qu'aucun autre, le peuple italien semble avoir besoin des arts pour s'élever à la méditation des choses spirituelles. Otez-lui sa musique, sa peinture, sa sculpture, ses fêtes religieuses, le luxe de ses temples, et ce peuple tombera promplement dans le sensualisme; la vivacité de son sang, la mobilité de son caractère, la chaleur de son tempérament, l'ardeur de son imagination, la douceur un peu molle et les grâces efféminées de la langue qu'il parle, les charmes et la richesse du pays qu'il habite, la beauté du ciel sous lequel il respire, ne laissent, sur ce point, aucun doute à l'observateur réfléchi. Qu'au milieu des peuples du Nord la religion revête des formes sévères, je le conçois; mais je conçois aussi qu'en Italie, et chez toutes les nations méridionales, elle doit s'environner d'harmonie, se parer de grâces et se parfumer d'encens : elle le fait. Et voilà un nouveau rapport sous lequel elle se montre vraiment catholique. Admirable instinct que nulle secte étrangère ne posséda jamais! A la seule véritable Église de pouvoir, sans
(i; Né à Corrpggio, en I49i.
compromettre ni son existence, ni sa dignité, ni son autorité sainte, se mettre en harmonie avec le caractère, les moeurs el les besoins des habitants de tous les climats; en un mot, de se faire toute à tous, pour les gagner tous au spiritualisme, à Dieu, à la vertu, au ciel.
La visite des églises de Parme conduit à une autre observation dont le sujet se reproduit partout en Italie. Sous la table de l'autel, supportée par quatre colonnes, repose la châsse qui contient les reliques des martyrs. On est vivement touché de cet usage invariable qui rappelle le souvenir triste et glorieux des catacombes et perpétue en faveur des dernières générations catholiques un grand mystère et un sublime enseignement.
De la cathédrale nous passâmes au Baplistère, qui n'en est séparé que par la largeur d'une rue. Cet autre monument de notre vénérable antiquité est un édifice gothique, de forme octogone, dont toutes les parties, convergeant au même centre, vous donnent une coupole d'une élévation merveilleuse. Il est tout en marbre véronais et date de 1196. Autour de la vaste coupole régnent des galeries d'où les nombreux assistants pouvaient jouir des magnifiques cérémonies du baptême solennel. Tout le pourtour est orné de peintures antiques; les plus saillantes sont saint Octave tombant de cheval et le Baptême de Constantin. Le milieu du Baptistère est occupé par la grande cuve dans laquelle on descendait les catéchumènes; elle est octogone et d'un seul morceau de marbre rouge. Au centre du vaste bassin s'ouvre l'espace quadrangulaire où se plaçaient l'évêque et ses assistants pour accomplir la double cérémonie de l'immersion et de l'onction. Que de souvenirs, que d'impressions à la vue de toutes ces choses tant de fois vénérables ! La pensée se reportant à ces nuits brillantes et solennelles où le Baptistère était illuminé par des milliers de flambeaux, on voit aux galeries ce peuple de chrétiens, qui assistait à la renaissance d'un autre peuple; auprès du vaste bassin, le pontife avec ses riches ornements, suivi d'une tribu de lévites; puis ces nombreux catéchumènes, avec leurs vêtements blancs et leurs cierges à la main : on entend le chant des cantiques saints, les prières et les paroles sacramentelles, et l'on s'associe à tous ces mystères d'amour et de bonl'.cur avec uue ivresse délicieuse que le cœur peut bien sentir, mais que la plume moins encore que la bouche ne rendra jamais.
Quoique la discipline de l'Église ail changé, on n'a pas abandonné le vénérable Baplistère. Près de la cuve antique sont placés les fonts sacrés, en sorte que tous les enfants de la ville de Parme viennent puiser la vie divine au même lieu où leurs pères la recevaient. Sur les fonts actuels vous lisez la simple cl sublime inscription que voici :
II ic renascimur
Ad immortalitalem (i).
(i) « C'esl ici que nous renaissons à l'immortalilc. »