‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 4 sur 106 · AVANT-PROPOS. VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. VII

siècle, elle est la première à la diriger de manière à sauver l'art de ses propres excès. D'une main cgalcment habile et généreuse elle s'eflbrce de le maintenir ce qu'il est par nature et par devoir, le prêtre est le coadjuteur du Verbe divin dans l'œuvre de l'instruction et de la sanctification du monde. Que Rome ait réussi et qu'elle soit encore le foyer des arts, la preuve en est, non-seulement dans les chefs-d'œuvre incomparables qui font sa gloire, mais encore dans l'obligation traditionnelle imposée à tous les artistes de venir s'inspirer de son esprit et lui demander des règles et des modèles; filial hommage rendu par l'intelligence humaine à la cité mère de la sagesse parce qu'elle est la reine de la foi, c'est-ii-dire la cité la plus grande et lapins sainte qui fut jamais.

Tel est, ce nous semble, le véritable point de vue sous lequel la Ville éternelle doit être considérée ; telle est l'inspiration qui doit présider au voyage d'Italie. Ainsi l'avaient entendu, dès l'origine, les peuples chrétiens de l'Orient et de l'Occident. Pendant une longue suite de siècles, le voyage de Rome fut un pèlerinage. Convaincus de sa haute et salutaire influence sur l'esprit catholique, les souverains Pontifes l'encouragèrent de tous leurs efforts; et le vœu de l'accomplir, qu'il fût émis par un monarque ou par un simple fidèle, est un de ceux dont ils se réservèrent et dont ils se réservent encore exclusivement la dispense. Les temps sont bien changés ! Depuis l'invasion de l'incrédulité au sein de la vieille Europe, le voyage de Rome n'est plus, pour le grand nombre, qu'une promenade mondaine, souvent inutile, quelquefois même dangereuse. Exclusivement préoccupés des souvenirs païens de leur éducation, dirigés par des Guides destinés à des voyageurs de toutes les sectes, et dont le moindre défaut est de laisser dans l'ombre le point de vue religieux, ils n'ont aperçu que la face artistique ou païenne des monuments et le côté purement humain des institutions romaines. Il en résulte que Vltalie chrétienne est encore un pays à découvrir, et qu'à la honte des temps modernes, le catholique fait trop souvent le voyage de la Ville sainte avec moins de religion que le mahométan n'accomplit le pèlerinage de la Mecque.

Si, en thèse générale, c'est un devoir sacré de rendre à ce voyage décisif le caractère religieux qu'il n'aurait jamais dû perdre, les circonstances actuelles rendent ce devoir plus impérieux encore et plus pressant. D'une part, les tendances des gouvernements vont à relâcher, à rompre, si on l'osait, les liens salutaires qui rattachent à leur mère les églises nationales, pour en faire les servantes dégradées du pouvoir temporel; d'autre part, l'esprit anlichrélien qui souffle aujourd'hui, inspire chaque matin dans les journaux, dans les romans, dans les voyages, une foule de récits mensongers et perfides dont le but est d'appeler sur Rome, ses actes, ses lois, ses mœurs et sa puissance, l'odieux, le ridicule et le mépris. Pourtant, il ne faut pas l'oublier : plus que jamais Rome doit être environnée de respect et d'amour; car plus que jamais Rome est notre unique appui, l'appui de la foi, de la liberté, de la

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civilisation véritable de l'Europe et du monde. Faut-il ajouter que les chemins de fer, les bateaux à vapeur, le besoin de mouvement qui caractérise notre époque, rendent chaque jour le voyage de Rome plus facile et plus fréquent? Faut-il rappeler, enfin, qu'avant trois ans l'ouverture du grand Jubilé mettra des myriades de pèlerins sur toutes les routes de la Ville sainte? Toutes ces causes réunies montrent assez de quelle importance il est pour la religion et pour la société de substituer à de funestes préventions des connaissances solides, à des appréciations frivoles et mesquines des aperçus plus élevés et des jugements plus sérieux.

Il est facile de comprendre qu'un ouvrage, un Guide vraiment religieux et scientifique serait un des meilleurs moyens d'atteindre ce but. Telle était la pensée du grand pape dont l'Église pleure la perte récente : de ses vœux plusieurs fois exprimés, Grégoire XVI appelait hautement une publication de ce genre. L'auteur des Trois Rome a-t-il rempli cette sainte et noble tâche? Ses prétentions ne vont pas jusque-là : il a fait un livre, afin de donner l'idée d'en faire un meilleur. Voici, du reste, le plan qu'il a suivi.

Après avoir parcouru la partie occidentale de l'Italie, il vient à Rome; là s'exécute un triple voyage. Rome païenne est d'abord étudiée dans ses monuments, dans ses usages, dans ses mœurs, dans ses arts, dans ses loles, dans sa religion et dans ses lois : la Cité de Romulus et de Néron reparaît vivante et animée. Afin de rendre cette étude plus intéressante et plus facile, nous donnons un dictionnaire explicatif des principaux sigles employés dans les inscriptions, et les monuments parlent une langue intelligible à tous. Les personnes instruites qui ont visité l'Italie senliront l'utilité d'un pareil travail, qu'on ne trouve dans aucun Guide.

Rome chréliennc est l'objet d'un second voyage. Après qu'ils ont raconté les faits de l'histoire profane dont ils furent témoins, les monuments, les cirques, les forum, les amphithéâtres, les sept collines sont interrogés de nouveau. Janus à double visage et à double voix, ils redisent alors les laits chrétiens qui se rattachent à leur existence. Ainsi, les deux Rome s'éclairant de mutuelles lumières, aucune partie du tableau ne reste dans l'ombre, et la Ville élerncUe, fille auiée de la Providence, resplendit partout sous sa double couronne de reine de la force et de reine de l'amour. Les églises et les basiliques, avec leurs vénérables traditions, avec leurs richesses artistiques si variées et si nombreuses, avec leurs trésors de reliques et leur peuple de martyrs qui font de chaque sanctuaire de Rome im ciel sur la terre; toutes ces choses si ravissantes de i)iélé et de poésie, fit néanmoins si parfaitement inconnues de la plupart des voyageurs, sont visitées et expliquées au point de vue de la science, de l'art et de la foi. Il en est de môme des musées et des galeries, ainsi que des usages de la Cour romaine et des grandes cérémonies de la semaine sainte.

Mais la véritable gloire do Rome chrétienne n'est pas celle qui brille aux yeux du spectateur moiulain ; il faut la chercher dans les œuvres de

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