‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 33 sur 106 · ÉGLISE DE SALNT-PALL · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SALNT-PALL

Prison du roi Enzius. — Église Saint-Paul. — Saint-Pétrone- — Saint Dominique. — Sainte-Catherine de Bologne. — Saint Etienne. — Anecdote sur Benoit XIV. — Galerie.

.4u lever du soleil, la ville était sillonnée par une multitude de voilures venant de la campagne. Elles amenaient au marché le canepa, chanvre superbe, dont Bologne fait un immense commerce. Nous traversâmes la foule agitée et un peu criarde, pour nous rendre au palais du Podestà, autrefois la prison du roi Enzius, dont je vais conter l'histoire. Au xiii* siècle, vivait un empereur d'Allemagne, nommé Frédéric II; il s'en allait de par le monde, guerroyant et respectant peu les lois de la justice. Son fils aîné, Enzius, marchait à ses côtés. Jeune et vaillant, i! porta le fer et le feu dans les marches d'Ancône, et battit sur mer la puissante flotte des Génois. Entré en Lombardie, il rencontra les Bolonais qui taillèrent en pièces son armée dans les plaines de Fossalto, et le firent lui-môme prisonnier; c'était au mois de mai de l'an 4247. Les vainqueurs le conduisirent 60 triomphe dans leur ville, et le condamnèrent à une prison perpétuelle. 11 n'avait que vingt-cinq ans et il en vécut cinquante. Pour charmer ses ennuis, il chanta ses infortunes, et le nom du barde prisonnier est encore populaire à Bologne. Nous vîmes la tour construite pour le surveiller et la salle où il mourut. Cette salle, appelée encore aujourd'hui sala (TEnzio, servit au conclave qui, en 1410, élut le pape Jean XXII.

En face de ce même palais se trouve la fontaine du Géant, ouvrage de Jean de Bologne. Je me réserve à en parler ai)rès avoir visité les galeries de Florence. Entre toutes les églises nous remarquâmes :

4° Saint-Paul, où se trouve le tombeau de la princesse Éliza Bacciochi, sœur de Napoléon; dans une des chapelles on admire le tableau du Guerchin, représentant les âmes du Purgatoire.

2° Saint-Pétrone, plus digne que la métropole d'être la première église de Bologne. Quoique commencée à la fin du xiv* siècle, cette basilique n'est pas finie. Deux objets d'art attirent surtout l'attention : les Sibylles des portes et les magnifiques vitraux de la chapelle de Saint-Antoine. Dans la nef de Saint-Pétrone Cassini établit sa première méridienne, le monde savant ne l'a pas oublié; mais ce qu'il a oublié, ce que peut-être il n'a jamais su, c'est l'histoire de saint Pétrone lui-même. Toutefois, n'en déplaise à ceux qui ont des yeux pour voir et qui ne voient pas, la vie d'un saint a pour le moins autant de droit à rester dans la mémoire des hommes, qu'un calcul astronomique, fût-il de Newton ou de Cassini.

Donc, vers la fin du iv* siècle, il naquit ù Pétrone, préfet du Prétoire, un fils longtemps désiré. Les soins les plus tendres et les plus éclairés environnèrent son enfance. Digne de son père par ses talents, le noble

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jeune homme voulut devenir digne de son Dieu par ses vertus. Il partit afin de voir de ses yeux les grands modèles qui peuplaient les solitudes de l'Orient. Comme 3Ioïse appelé au buisson ardent, il comprit qu'il marchait sur une terre sainte, et il parcourut nu-pieds tous ces vastes déserts. Riche des dons surnaturels, il revint à Rome. Le pape Célestm plaça sur le chandelier cette lampe ardente et luisante, c'est-à-dire, Bologne eut pour évéque un saint, un restaurateur et un père, qui répara ses ruines spirituelles et matérielles ; double tombeau où l'avaient enfermée toute vive l'hérésie et la cruauté des barbares. Et l'on croira que les reliques de saint Pétrone, déposées dans l'église bfttie en son honneur, ne méritent pas une visite, sa vie un souvenir? On s'amuse h regarder, à critiquer, à louer, avec plus ou moins de bon goût, les objets d'art qui décorent son temple, et on ne songe même pas à s'agenouiller sur son glorieux tombeau ! Quand donc les voyages en Italie cesseront-ils d'être une promenade mondaine, inutile et souvent dangereuse? En revêtant le caractère religieux qui leur convient, ils ouvriront un nouvel horizon aux regards de l'intelligence et compléteront, en les sanctifiant, les impressions du cœur.

3° L'église Saint-Dominique. Le curieux tombeau du roi Enzius, qui s'y trouve, fixerait toute l'attention du voyageur, s'il n'était éclipsé par un autre tombeau tout rayonnant de gloire et de majesté : c'est celui de saint Dominique. Là repose, dans un magnifique autel en marbre blanc, d'un travail exquis , l'illustre rejeton des Gusman , le sauveur de l'Europe méridionale, et, avec saint François d'Assise, la colonne de l'Eglise au xiii« siècle. Demandez à voir, dans une des chapelles, la madona del velîuto, et vous serez dans le ravissement. Ce chef-d'œuvre est de Lippo Dalmasio, le plus remarquable modèle du sentiment religieux apporté dans l'art. Par dévotion, ce pieux artiste ne voulut jamais peindre que des madones. L'histoire nous apprend qu'il était tellement pénétré de la sainteté de son œuvre et de la pureté de cœur avec laquelle il fallait l'aborder, qu'il s'imposait la veille un jeûne sévère, et s'approchait le malin du sacrement de l'autel. Aussi le Guide a-t-il reconnu qu'aucun peintre, sans en excepter le divin Raphaël, avec toutes les ressources de l'art moderne, n'a pu arriver à ce caractère de sainteté, de modestie et de pureté, que Dalmasio a su donner à toutes ses figures (i).

A" L'église dcl corpus Domini, ou dclla Santa, pour désigner sainte Catherine de Bologne. Si belles qu'elles soient, les peintures de Louis Carrache,deJosc]ihMazza et dcZanoti, qui ornent le chœur, les voûtes et la sacristie, ne purent nous retenir qu'un instant. Nous avions hâte de contempler une merveille bien supérieure à tous les chefs-d'œuvre de l'art. La terre qu'on foule ici est une terre sainte, foulée, il y a quatre cents ans, par une noble vierge de Bologne ; la maison où vous êtes lui

(i) Voyez Conférences sur les cérémonies de /a jonai/ic ««/«rc à /.o/hc, par MB' Wiseman.

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