GALERIE DU PALAIS PITTI
flambeau, puisé leurs inspirations ; et le monde étonne avait vu leurs pensées se traduire en monuments de tout genre, d'une élévation, d'une grûee, d'une chasteté, d'une majesté, d'un spiritualisme ineonnus de l'antiquité. C'était un admirable reflet du principe surnaturel qui était devenu l'âme des nations régénérées.
Le quinzième siècle arrivait à son milieu. Fille de la loi, l'Europe artistique marchait d'un pas rapide dans la voie d'un progrès qui lui était propre, car il était le développement naturel de sa religion, de ses mœurs, de ses idées, fondues, comme elle, au moule du Christianisme. Déjà saint Bernard avait parié; le Dante avait chanté; Cimabué, Giotto et bien d'autres avaient écrit avec leur immortel pinceau les pages sublimes de l'art chrétien aux églises de Florence, de Bologne, d'Assise et de Padoue; mille cathédrales avec leurs myriades d'aiguilles élancées, portaient jusqu'aux nues la gloire de l'architecture catholique et la puissance du génie inspiré par la foi. Quel jour brillant annonçait une si brillante aurore!
Mais voilà que des Grecs, tristes débris d'une nation dispersée aux quatre vents pour avoir trahi la foi de ses pères, arrivent à Florence. Dans leur bagage de proscrits, ils portent les œuvres des philosophes, des poètes, des orateurs, des artistes païens, dont ils sont les admirateurs fanatiques. .Accueillis par les Médicis, ils payent leur bienvenue en expliquant les ouvrages de leurs anciens compatriotes. A les entendre, l'Europe jusque-là n'a rien connu à la philosophie, à l'éloquence, à la poésie, aux beaux-arts. « Barbare, intruis-toi, ne cherche plus tes modèles, ni tes inspirations, dans les grands hommes, dans tes annales, dans ta religion; Rome païenne, la Grèce païenne surtout, peuvent seules t'oflrir, en tous les genres, des chefs-d'œuvre dignes de tes méditations. Là fut le monopole du génie, du savoir et de l'éloquence ; là furent des homrnes que tu dois imiter, mais que tu n'égaleras jamais : ta gloire sera d'en approcher; ne te flatte pas d'aller plus loin : ils ont posé les colonnes d'Hercule de l'intelligence humaine. »
Voilà ce qui fut dit et redit sur tous les tons par les nouveaux venus et par leurs disciples. Et on se laissa prendre à leurs discours, et on brisa violemment avec le passé ; et on ne vit plus que les païens d'Athènes et de Rome ; et autant qu'il fut en elle, l'Europe savante s'efforça de se faire à leur image. Des fouilles activement suivies amenèrent la découverte de quelques statues des habitants de lOlympe; tous les arts accoururent pour s'inspirer à la contemplation des nouveaux modèles : la révolution fut consommée. Telle est en quelques mots l'histoire de la Renaissance. Quant à son influence sur la société en général, et spécialement sur les beaux-arts, elle a été le sujet des jugements les plus contradictoires. Puisque nous sommes à Florence et que nous allons visiter la galerie Pitti, les principales pièces du procès vont passer sous nos yeux; il importe de les bien étudier. C'est le meilleur moyen d'apprécier avec
justice le grand mouvement de xv<^ siècle et de distribuer consciencieusement le blâme ou l'éloge.
La Renaissance, tout le monde en convient, fut surtout le culte de la forme, plus ou moins négligé par l'école catholique. Cet amour de la forme est bon, il est nécessaire même pour la perfection des objets d'art. De là les magnifiques encouragements que Rome la première s'empressa de lui donner. iMais il doit rester dans de justes limites. D'abord, il ne doit pas l'emporter sur l'inspiration, en ce sens que l'artiste, absorbé par le désir de rendre la beauté matérielle, néglige la pensée qui doit animer la toile ou le marbre, et dans les sujets religieux faire de l'art un véritable sacerdoce. Ensuite, cet amour de la forme ne doit pas aller jusqu'à la rechercher et à la rendre dans certains détails que la morale publique ne permet point d'étaler aux yeux. Enfin, l'amour de la forme ne doit point faire oublier à l'artiste que la beauté matérielle ne peut et ne doit être que le reflet de la beauté idéale, dont le type se trouve dans l'humanité ennoblie par le Christianisme. Les glorieux habitants du ciel, l'Homme- Dieu, son auguste Mère, les anges, les saints et les saintes, étudiés dans le silence de la méditation, et contemplés avec cette seconde vue que donnent la pureté du cœur et la piété, telle est la source de l'inspiration chrétienne et le véritable type du beau. Entre cette inspiration et l'inspiration mythologique il y a, on le conçoit, la même distance qu'entre le ciel et la terre. Rendre les qualités divines, les vertus, les sentiments célestes de ces types augustes en y joignant la beauté de la forme, c'est élever l'art à sa plus haute puissance.
Ces principes une fois rappelés, nous dirons que la Renaissance mérite de justes éloges pour avoir cultivé la forme, et nous lui en payons volontiers \c tribut. 3Iais si elle a sacrifié l'inspiration à la forme; si elle l'a peinte dans des détails dont la vue outrage les mœurs publiques; si, au lieu de chercher le type du beau dans le ciel, elle l'a trop habituellement cherché sur la terre ou dans l'Olympe, alors elle mérite un bltlme sévère, car elle a matérialisé le génie et rendu l'art infidèle à sa noble et sainte mission. Voyons s'il en est ainsi et entrons dans la célèbre galerie.
Nous voici au bas du grand escalier dont nous montons les superbes marches, entre deux haies de Vénus, d'Hercules, de Faunes, de Cacchus, de Mercures, de Satyres, d'Hygies, de Pallas et d'Esculapes. A l'escalier succède le vestibule appelé salla délie rikchic ; ce nom lui vient des niches pratiquées dans les murailles et destinées à recevoir des statues : on y trouve Vénus, Flore, une Muse, Apollon Musagète, Marc-Aurèle, Antonin, Commode; enfin nous sommes sur le seuil de la galerie. Ce temple de la peinture où la Renaissance expose à l'admiration la plupart de ses ouvrages, se divise en quinze chapelles ou salons. Aucun n'a reçu une dénomination chrétienne. Trois ont des noms insignifiants : salons délia Slull'a, des Enfants, de Poccelti. Les douze auti'cs portent le nom d'une divinité païenne ou d'un demi-dieu : salon de \énus; salon d'Apollon;