LES GODES DE ROME
à la Minerve. Là, je devais îi l'obligeante amitié du savant Père de Ferrari et de ses excellents collOgues, l'indication de tous les ouvrages nécessaires à mon travail. C'est un hommage de reconnaissance qu'il m'est doux de leur offrir.
Les guides de Rome. — Guides dans la Rome païenne, dans la Rome cbrélienne, dans la Rome souterraine.
Un bon itinéraire est, sans contredit, la première condition de succès dans l'étude souverainement intéressante, mais très-compliquée, de la ville éternelle. Toutefois cette condition ne suffit pas : il faut encore suivre son itinéraire avec intelligence. Obligé, comme la veille, de garder le coin du feu, je consacrai ma nouvelle journée à passer en revue les guides capables d'éclairer nos recherches. Or, le premier cicérone, dont tout voyageur sérieux doit être accompagné, est une connaissance approfondie de l'histoire profane et de l'histoire ecclésiastique ; le second est un travail assidu. Dans une foule de circonstances il est nécessaire de recourir aux sources primitives, soit afin de compléter ses connaissances, soit afin de rectifier des notions que la probité littéraire ne permettrait pas de donner sur la foi de simples souvenirs. Les sources dont je parle sont de deux sortes, suivant qu'on étudie la Rome païenne ou la Rome chrétienne. Les faire connaître en citant les autorités sur lesquelles s'appuient, jusque dans leurs détails, les récits qu'on va lire, n'est pas seulement un service rendu aux lecteurs studieux , c'est encore une preuve de bonne foi, et je tiens à la donner. Les propos impertinents des touristes, les romans publiés sur Rome par des écrivains à la mode, ainsi que l'ignorance et les préjugés de certains guides très-répandus, en font plus que jamais un devoir indispensable.
Parmi les auteurs profanes, un grand nombre sont à consulter; je ne citerai que les principaux. En première ligne il faut placer Tite Live. Son Histoire, si précieuse pour la connaissance des mœurs de la Rome républicaine, donne souvent la description, je dirai topographique, de certains grands faits dont le voyageur est heureux de retrouver le théâtre. Plutarque, dans ses Questions romaines et dans ses Biographies, abonde en détails d'un grand intérêt sur les hommes, sur les lois et sur les choses. Cicéron soulève, dans ses Lettres à sa famille, un coin du voile qui cache les habitudes de la vie intime. Ce voile est presque entièrement levé par Suétone. Dans les Césars, il nous dépeint les mœurs de l'empire, et dit l'origine de plusieurs monuments dont les ruines subsistent encore. Juvénal, dans ses Satires, et Martial, dans ses Éjngrammes, complètent l'œuvre de leurs devanciers. Vient encore Pline l'Ancien, qui, à propos d'Histoire naturelle, parle de tout, notamment de la vie privée des Ro-
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mains et des magnificences de la ville éternelle. L'ami de Vespasien, le directeur des eaux sous Nerva, Frontin initie au système des Aqueducs. La lecture de son traité fait admirer avec mtelligence les gigantesques ouvrages qui étonnent le voyageur dans la campagne romaine. Josèphe se présente ensuite avec son Histoire de la guerre judaïque. Outre d'intéressants détails sur les richesses apportées de Jérusalem au temple de la Paix, il donne une description du triomphe, qui ne présente qu'un petit nombre de lacunes. J'ajouterai encore les écrivains de la maison d'Auguste, Scriptores domùs Augustœ, publiés et commentés par Casaubon. On leur doit la hideuse révélation des saturnales du palais et de la ville dégénérée des Césars. Dans cette fange il y a des perles, je veux dire certains faits importants qu'on ne trouve que là. Il ne faut oublier ni Sextus- Aurélius-Victor, ni Onuphre, ni 3Iarliani, ni Canina. Leurs ouvrages présentent la topographie de Rome aussi complète qu'on peut l'espérer après tant de bouleversements. Les cirques et les jeux ont été décrits par Bulenger, dans son traité de Circis Romanorum; et nous devons à Deniongioso une dissertation d'un grand intérêt sur le Panthéon d'Agrippa. J'ajouterai en finissant qu'une bonne partie des notions répandues dans les auteurs que je viens de nommer, sont réunies dans les Antiquités romaines do Grévius, et dans le Lexicon antiquitatum romanarum, de Pitiscus.
Tels sont en général les auteurs qui peuvent servir de guides au voyageur dans la Rome païenne.
Quant à la Rome chrétienne, elle ne manque pas non plus d'historiens de grand nom. Parmi ceux qui ont droit à ce noble titre, il en est qui s'occupent en même temps des deux cités. Je me contenterai de nommer Casali, dans son ouvrage de Splendore Urbis; l'auteur de la Roma antica, média emoderna; la Xotizla deir uno e Vallro impcrio ; enfin le Père Donati. Sous le titre de Roma velus, ce savant religieux, mort en 1640, nous a laissé une description de Rome beaucoup plus exacte et mieux travaillée que toutes celles qui avaient paru avant lui. Le célèbre Juste Lipse déploie dans son Amphithéâtre tous les trésors de sa vaste érudition pour nous faire connaître le Colisée au point de vue païen, et le Père Marangoni donne l'histoire chrétienne de ce Capitule des martyrs. Un autre ouvrage de ce dernier auteur, intitulé : Belle cose tjentilesche e profane, trasportate ad uso e ad ornamcnto délie chiesc, jette une précieuse lumière sur une multitude d'objets profanes, tout en faisant bénir l'Église qui les a sauvés de la desturction.
En tète des écrivains qui parlent exclusivement de Rome chrétienne, des mœurs, des usages, de la vie intime des premiers fidèles, marche l'illustre cardinal Raronius. La lecture de ses Annales ecclésiastiques et de ses Notes sur le Martyrologe romain, est h peu près indispensable au voyageur qui veut comprendre une foule de choses exposées h sa vue dans les églises de la ville sainte. .\près lui vient le très-savant Père Mamachi