‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 55 sur 106 · LORD SPENCER · texte numérisé non relu

LORD SPENCER

de solennité. Que font-ils Ih? on n'en sait rien vraiment; car que peut faire à Rome, que peut y voir celui à qui manque Tœil de la foi? Mais la Providence h ses desseins. Il est rare que le catholicisme, qui se montre avec tant de majesté au milieu des monuments de la ville éternelle, ne fasse pas, chaque année, quelques conquêtes sur l'hérésie.

A la conversion si éclatante de M. Taycr, ministre protestant d'Amérique, venait de s'ajouter celle de la comtesse de R.... Cette femme célèbre en Allemagne était venue à Rome dans des intentions hautement avouées de prosélytisme protestant. Douée de qualités supérieures, elle se promettait de grands succès, lorsqu'un jour elle voulut assister à la bénédiction papale. La majesté de cette cérémonie l'impressionna si vivement qu'elle tomba à genoux, et se releva catholique.

L'étude des origines romaines n'est pas moins efficace que la vue des monuments et des solennités. «Nous avons eu ici, nous disait-on, le jeune lord Spencer. Autrefois ministre anglican, il est aujourd'hui prêtre catholique et apôtre de son poys. C'est lui qui a organisé, dans une bonne partie de l'Europe, la vaste associnlion de Prières pour le retour de la Grande-Bretagne. Pendant son séjour à Rome, il nous racontait qu'étant tourmenté par des doutes sur la vérité de sa religion, il s'était adressé à un vieil évoque anglican : — « Je suis poursuivi, lui disait-il, par des doutes pénibles ; il me semble que les origines de notre Église établie ne sont pas fort anciennes : je crois que nous avons innové. Pour me tranquilliser, je suis décidé à lire les Pères des premiers çiècles et les anciens controversistes. » — « Je ne vous le conseille pas, lui répondit l'évoque, j'ai vu tous ceux qui ont pris ce parti-là finir par se faire catholiques. » — « Cet aveu, ajoutait lord Spencer, fut pour moi un trait de lumière ; et je dois bénir la Providence qui en a fait le motif déterminant de mes études et le principe de ma conversion. »

Saint- Jean-de-Lalran. — Classemenldes églises de Rome. — Baptistère de Conslanlin. — Obélisque. — Triclinium de Saint-Léon. — Scala-Santa. — M. Ratisbonne.

Nous avions jeté un regard général sur Rome païenne et sur Rome chrétienne. Le temps était venu de descendre au détail et de commencer la visite régulière des deux cités. Nous attaquâmes successivement les quatorze quartiers dans l'ordre où ils furent fixés par Benoît XIV, en

Le premier qui se présente est le quartier des Monts (Rione de' Monli); il occupe l'ancienne région de l'Esquilin et en partie celle de la Voie sacrée, de la Paix, de VAltascmila, de la Cœlimontana, A'his et Sernpis et du Forum romanum. On l'appelle des Monts parce qu'il renferme la partie la plus montueuse de la ville. Dans ses limites se trouvent l'Esquilin, le Vi-

minai, une partie du Cœlius et du Quirinal. Partis de la place d'Espagne vers neuf heures du matin, nous nous rendîmes à la basilique de Sainl- Jean-de-Latran, située sur le versant du Cœlius. Or, les églises de Rome peuvent se diviser en trois classes dont il est utile de connaître la différence : les patriarcales, les basiliques constantinicnnes et les églises ordinaires.

i" Patriarcales. Le monde conquis par l'Évangile fut partagé, dès les premiers siècles, en cinq patriarcats. Le premier de tous, par l'autorité et par l'étendue, est le patriarcat de Rome. Comme pape, le successeur de saint Pierre a juridiction sur l'Église universelle. Comme patriarche, son domaine n'a d'autres limites que celles de l'Occident, y compris l'Afrique et plus lard le jN'ouveau-3Ionde. Le second patriarcat était celui de Constantinople; le troisième, d'Alexandrie; le quatrième, d'Antiochc, et le cin(iuième, de Jérusalem (i). Sur ces cinq grands sièges étaient assis les Pères des Pères de tous les diocèses de la catholicité. Les patriarcats d'Orient tombèrent bientôt sous les coups des hérétiques et des Ijarbares; mais Rome, dont Vcssence est de conserver, n'a pas voulu que leur mémoire pérît. Dans son enceinte immortelle on trouve cinq églises patriarcales ; églises trois fois vénérables par leur antiquité, par leur magnificence et par leur sainteté, qui i)erpétuent les catholiques souvenirs do Constantinople, d'Alexandrie, d'Antiochc et de Jérusalem. J'ai nommé Saint-Jeandc-Latran ; Saint-Pierre au Vatican; Saint-Paul, sur la voie d'Ostie; Sainte- Marie-Majeure et Saint-Laurent, hors des murs. Le dystique suivant redit leurs noms, quoique dans un ordre inverse :

Paulus, Virgo, Pelrus, Laurenlius alqiie Joannes, Ili Patriarclialûs nomen iii Uibc lenenl(i).

;2" Basiliques conslantiniennes. On en compte huit: Sainl-Jean-de-Latran , Sainte-Croix, en Jérusalem; Saint-Pierre, au Vatican; Saint-Paul, hors des murs; Saint-Laurent, hors des murs; Saints-Marcellin et Pierre, sur la voie Lflj'/VflMt'; les Saints-Apûtrcs, au centre de Rome, et Sainte-Agnès, hors des murs. L'anti(|uité de ces églises, leurs fresques, leurs mosaïques, le nombre et la richesse des reliques sacrées qu'elles reaferment, en font de véritables archives de l'art et de la piété. Aussi n'cst-il pas un voyageur instruit qui ne veuille les voir, i)as un pèlerin qui ne veuille y l)rier (5).

(1) Constit. d'Innocciil III au ivc concile de Lalran, cap. xxiii de Privilcfj. id. de volls Jus cauou. t. I, [). 20.J.

{*) Joan. Moiiacli. card. de Elccl. in 6.

(3) Parmi ces basiiifiues, il en est cinq qui, jointes à deux autres non constantinicnnes, l'ormeiil ce qu'on appelle les sejil basiliques de Home, dont la visite est laite par tous les voyageurs cliréiiens, à cause des grandes indulgence» qui y sont attachées. En voici le nom: SaintJcan-de-Latran; Sainl-Picrrc, au Vatican; Saint-Paul, hors des murs , Sainlc-Maric-Majeure ; Saint-Laurent, hors des murs; Sainte-Croix, en Jérusalem, et Saint-Sébastien.

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