‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 57 sur 106 · SAINT JE.\N-DE-I,ATUAN · texte numérisé non relu

SAINT JE.\N-DE-I,ATUAN

délivrance du genre humain, sont là : tel est le eiMé divin des basiliques romaines.

Ignorez-vous ces choses? quel(|ue brillant qu'il soit, le temple pour vous sera vide, il sera muet, il sera sans poésie divine; vous le visiterez comme un monument ordinaire; l'oreille du cœur n'aura rien entendu, car l'œil de la foi n'aura l'icu vu. Et vraiment était-ce bien la peine de venir à Rome pour obtenir un i)arcil résultat ! Mais si, h la connaissance de l'histoire et des beautés matérielles de la basilique on ajoute la visite religieuse des hôtes illustres qui l'habitent, à l'instant même l'âme s'agrandit. Je ne sais quel sentiment profond de respect, d'indicible bienrtre s'enqiare du cœur; toutes les facultés sont saisies : l'impression est :iu complet. Le temple s'anime, il parle aux sens, à la raison, à la foi, et d'une voix intelligible à tous, il redit la longue et sublime épopée de la race humaine. Dans ces colonnes de marbre, d'albâtre, de bronze et de porphyre, qui adorent le Dieu Rédempteur après avoir orne les temples de Jupiter ou le palais de >'éron, vous voyez le monde du mal, le monde luaïeu, vaincu par le christianisme et attaché au char immortel du triomphateur. Puis dans leurs tombeaux, resplendissants d'or et de pierreries, vous apercevez les légions victorieuses des martyrs qui vous contemjdent, d'une main vous montrant le symbole catholique revêtu de leur signature sanglante, de l'autre, les lauriers toujours verdoyants qui couronnent leur front, et leur voix, consacrée par la mort et par la gloire, vous crie du sein de l'éternité : Comment portes-tu le nom de chrétien dont notre sang fit pour toi la conquête? Avec ces pensées, il est impossible de visiter les églises de Rome sans en sortir meilleur et sans éprouver des émotions et des jouissances qu'on ne trouve que là.

Nous avions donc vu le côté humain de Saint-Jean-de-Latran, il nous restait à contempler le côté divin de la Mère et Maîtresse de toutes les églises. Au centre du transept, sous le grand arc de la nef principale, soutenue par deux colonnes de granit orientai, de trente-huit pieds de hauteur, s'élève l'autel papal ; mais (jucl autel, grand Dieu! le même où saint Pierre a dit la messe. Il est là tel qu'il fut tiré des catacombes par le pape saint Sylvestre. Sa simplicité, sa pauvreté même rappellent bien les premiers siècles de l'Église : quelques planches de sapin, sans dorure et sans autre ornement qu'une croix taillée sur la partie antérieure; voilà tout. Par respect, on l'a entouré d'une balustrade en marbre, sur laquelle sont gravées les armes d'Urbain Vlll et du roi de France. Une riche étoffe le recouvre tout entier; on voulut bien la lever, et nous pûmes voir de nos yeux la table si vénérable où la grande Victime, offerte par le prince des Apôtres, était venue tant de fois se reposer. C'est, je crois, l'unique autel, dans le monde, sous lequel il n'y ait point de reliques. Au successeur de Pierre appartient le droit exclusif d'y célébrer les saints mystères.

En élevant les yeux, on &perçoit à une gronde hauteur, directement audessus de l'autel, une tente de velours cramoisi rehaussée d'or. Ce pavillon recouvre une arche ou ciboire en marbre de Paros, soutenu par quatre colonnes de marbre égyptien avec des chapiteaux d'ordre corinthien en bronze doré. Là sont renfermées les têtes des apôtres saint Pierre et saint Paul. Deux lois chaque année, le Samedi Saint et le Mardi des Rogations, elles sont exposées solennellement à la vénération des heureux fidèles de Rome. 11 est un outre usage non moins digne d'être connu. Afin de tremper tous les jeunes lévites à la source môme de l'esprit sacerdotal, esprit de l'apostolat et du martyre, c'est au pied de l'autel dont nous venons de parler, sous les yeux de saint Pierre et de saint Paul, qu'ont lieu les ordinations. A droite de l'autel pontifical se trouve la chapelle du Saint-Sacrement. Quoique très-élevé, très-large et très-profond, le tabernacle, exécuté sur les dessins de Paul Oiivieri, est entièrement composé de pierres précieuses et des marbres les plus rares. A droite et à gauche brillent deux anges de bronze doré avec quatre colonnes de vert antique. L'entablement et le fronton de bronze doré qui couronnent l'autel posent sur quatre colonnes de môme métal, dorées, cannelées, d'environ vingt-cinq pieds de hauteur sur deux pieds et demi de diamètre à la base. Elles sont les mêmes qu'Auguste fit faire après la bataille d'Actium, avec les éperons des vaisseaux égyptiens, et qu'il plaça dans le temple de Jupiter Capitolin. Em|)loyées d'abord comme candélabres, où l'on faisait brûler, dans les grandes fêtes, du baume et d'autres parfums exquis, elles doivent leur destination actuelle au pape Clément VIIL

En vérité, nous ne pûmes nous empêcher de faire ici une remarque dont l'occasion se rencontre à chaque pas dans cette intelligente cité des Pontifes. Rome païenne ne manquait jamais à ériger dans son enceinte des monuments qui rappelaient ses triomphes : Rome chrétienne a eu le môme instinct. De toutes parts s'élèvent les monuments de ses nombreuses victoires sur le pagcmisme, dont les temples, les obélisques, les colonnes servent à ses usages; siir les grandes Jurésies, dont la condamnation est écrite dans les peintures et les mosaïques de ses temples; sur les Tares, dont l'or et les étendards ont enrichi les églises bien-aimées d'Ara-Cœli et de la Victoire. La basilique de Saint-Jean-de-Latran conserve un autre trophée des victoires du christianisme sur l'islamisme. En face do la chapelle du Saint-Sacrement fiotte lu bannière de Jean Sobicski h la célèbre bataille de Vienne. Comme témoignage de sa reconnaissance et de son dévouement à la religion, le grand capitaine voulut que son glorieux oriflamme fût suspendu à la voûte de la première église du monde.

Dans le chœur du Chapitre, voici la slallc des rois de France, qui, comme on le sait, sont chanoines de Saint-Jean-de-Latran ; elle est à gauche, vis-à-vis de celle du Saint-Père. Du dossier de la stalle royale se détache une gracieuse statuette de la sainte Vierge, dont le roi de

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