‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 58 sur 106 · SA1NT-JE\X-DE-LATRAN · texte numérisé non relu

SA1NT-JE\X-DE-LATRAN

France est le vassal et le premier chevalier; derrière la stalle du Saint- Père apparaît Notre-Scigncur, dont le Pape est le vicaire. Que n'y auraitil pas à dire sur cette disposition symbolique? Là nous semblent écrits, et l'histoire, et la mission, et les rapports providentiels de la mère et de sa fdle aînée. Quoique nous ne fussions pas rois de France, nous nous assîmes dans la stalle royale, et le souvenir de Henri IV nous venant îi la mémoire, on nous apprit que, cluKpie année, les chanoines de Suint-Jeande-Latran célèbrent la naissance de leur royal confrère par une messe solennelle. C'est un témoignage de reconnaissance pour le don que le Béarnais converti fit à Saint-Jean-de-Latran, de la riche abbaye de Clarac, au diocèse d'Agen. Jusqu'à la révolution de juillet, l'ambassadeur de France assistait à l'olTice sur une estrade placée à l'entrée du chœur.

11 nous restait à voir le trésor de la basilique. Là se conserve une des reliques les plus vénérables qu'il y ait au monde. Derrière des grilles de fer, sous de larges feuilles de cristal, est cachée la table môme sur laquelle Noire-Seigneur institua la sainte Eucharistie. Les portes s'ouvrirent, et il nous fut donné de voir ce monument de l'amour infini d'un Dieu. Cette table est en bois, sans aucun ornement; elle me parut avoir un pouce d'épaisseur sur douze pieds de longueur et six de largeur. Couverte de lames d'argent par les souverains Pontifes, elle en fut dépouillée dans le sae de Rome, sous le connétable de Bourbon.

A quelques pas de là on trouve d'autres reliques dont la vue pénètre également le cœur de reconnaissance et de componction. C'est une partie du vêtement de pourpre qu'on jeta sur les épaules de Notre-Seigneur dans le prétoire; une partie de l'éponge trempée dans le fiel et le vinaigre; la coupe dans laquelle on présenta le poison à saint Jean l'évangéliste, et qu'il but sans en ressentir aucun mal ; une partie de sa tunique, et de la chaîne avec laquelle il fut conduit d'Éphèsc à Rome ; une épaule de saint Laurent; la tète miraculeuse de saint Pancrace, martyr; une vertèbre de saint Jean Népomucène; du sang de saint Charles Borromée et de saint Philippe de Néri; enfin une tablette composée des cendres d'une multitude de martyrs.

En sortant du trésor, nous entrâmes dans le cloître où l'on voit de beaux restes du palais de Constantin. La galerie quadrangulaire est soutenue par des colonnettes de marbre d'un travail exquis ; plusieurs sont incrustées de mosaïques fines. Sous ces portiques se conservent des reliques nombreuses, dont l'authenticité repose sur une tradition séculaire, mais qui, toutefois, ne paraît pas suffisante pour exposer ces objets à la vénération des fidèles, tant Rome se montre réservée sur ce point. Dans le nombre est le bord du puits de Jacob, sur lequel Notre-Seigneur était assis en attendant la Samaritaine; une colonne du temple de Jérusalem, fendue en deux à la mort du Sauveur : Petrœscissœ sunt; la pierre sur laquelle fut tirée au sort, par les soldats romains, la robe sans couture de l'auguste Victime, et deux colonnes du palais de Pilate.

L'église à jamais vénérable, que nous venions de visiter, ajoute à ses noms déjà connus ceux de basilique conslantinienne cl de Saint-Jean. La raison du premier se devine d'elle-même, il faut expliquer l'origine du second. Depuis longtemps Constantin était chrétien dans son cœur; mais l'acte auguste qui devait l'initier à la société des fidèles n'était point encore accompli. Pour recevoir le baptême, il fit construire un baptistère. Saint Jean-Baptiste donna tout naturellement son nom au nouvel édifice; et ce nom a passé avec le temps à l'église elle-même. Le baptistère, séparé de la basilique, suivant l'usage des premiers siècles, est de forme octogone ; aux huit angles intérieurs s'élevaient huit colonnes de porphyre, séparées des murailles de manière à laisser un espace suffisant pour circuler; elles soutenaient une corniche et un large fronton sur lequel régnait un second rang de colonnes en marbre, d'une beauté et d'un travail exquis : cette nouvelle colonnade, plus petite que la première, supportait une grande architrave couronnant l'édifice.

Au milieu est encore le bassin en basalte, de forme ovale et de cinq pieds de longueur. Constantin l'avait revêtu intérieurement et extérieurement de lames d'argent du poids de 3,800 livres. Au centre du bassin s'élevaient des colonnes de porphyre, supportant des lampes d'or pesant 52 livres, et dont les mèches étaient en fil d'amiante. Au lieu d'huile on y brûlait, dans les solennités de Pâques, le baume le plus odoriférant. Sur le bord du bassin était un agneau d'argent, du poids de 30 livres, qui jetait de l'eau dans les fonts; à droite de l'agneau, le Sauveur, en argent, de grandeur naturelle, pesant 170 livres; à gauche, saint Jean-Baptiste, en argent, de cin(i pieds de hauteur, tenant à la main le texte sacré : Ecce Agnus Dei, ecce qui toUit pcccahim mundi ; il pesait dOO livres. Sept cerfs en argent, symboles de l'àme altérée de la grâce, jetaient de l'eau dans les fonts : chacun pesait 80 livres; enfin, un encensoir, de l'or le plus fin, orné de quarante pierres précieuses, pesant 10 livres (i).

Tel était le baptistère de Constantin; tel il est encore aujourd'hui, moins l'or et l'argent devenus la proie des barbares. Les décorations primitives ont été ren)placées par de belles peintures représentant les actions mémoraljles de Constantin. Cette restauration date du pontificat d'Urbain Vlll. Le pavé est en mosaïque fine, et toutes les parois sont enrichies de dorures et de peintures. A la partie supérieure brillent encore les anciennes inscriptions qui rappellent les mystères accomplis en ce lieu :

Gens sacranda Polis hic semine nascilur almo,

Quam lœcundalis Spirilus odit aquis.

Mcrgerc, pcccalor, sacro purgande llueiilo :

Qucm vetcrem accipiet, prolcrel unda iiovum.

a Ici, du sein des eaux fécondées par l'Esprit saint, naît pour le ciel un (i) Anasl. m Vil. B. Silv.

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