CAMP PRÉTORIEN
de Rome, nous non? souvînmes du Lncus Pirtilinus, où fut jugé Manlius, le défenseur du Capitule (i).
Non loin étaient les temples de Vénus Erycine et de Jupiter Viminal, si fameux par les abominations inouïes qui s'y commettaient; les temples d'Hercule, de l'Honneur, du Soleil, elle bois sacré de Laverna, la déesse des voleurs. A tant de crimes il fallait une expiation. Aussi non loin de ces lieux s'élève le cUvus cuciimeris, le coteau du concombre, arrosé par le sang d'une infinité de martyrs (•>). Les antiquaires placent dans les environs le nymphœiim d'Alexandre Sévère. Figurons-nous un édifice de marbre, entouré de bosquets de myrtes et d'orangers, et accompagné de nombreux portiques, où le luxe a prodigué l'or, la peinture et tout ce qui peut flatter les sens; là, une multitude de jets d'eau, formant les dessins les plus variés, et retombant avec un doux murmure dans des vasques de porphyre ou d'albâtre; puis les voluptueux Romains, promenant leur mollesse sous ces frais ombrages, passant leurs jours dans le bain, ou se livrant à tous les excès du sybaritisme le plus raffiné : et nous aurons une idée des nymphœa, si nombreux dons la ville des Césars (5).
Mais voici bien d'autres ruines : nous foulons l'emplacement du camp prétorien. Devenu empereur, Auguste se donna une garde. Neuf cohortes furent choisies dans l'armée pour veiller h la sûreté du prince et à la tranquillité de la capitale; plus tard leur nombre s'éleva jusqu'à dix-sept. Logés d'abord dans les maisons particulières, ces soldats d'élite furent réunis iiar Tibère dans un camp établi près des remparts, entre les portes Viminale et Tiburtine. Tel est le camp prétorien si célèbre dans l'histoire : le chef de ces gardes du corps ou plutôt de ces janissaires redoutables et mutins avait le titre de préfet du prétoire. En visitant ces ruines, que de personnages, que de faits se dressent devant vous! L'on croit entendre les clameurs qui épouvantèrent Néron, lorsque trahi, éperdu, il fuyait de Rome accompagné seulement de quatre esclaves, au nombre desquels était Sporus. Meurtrier de sa mère, bourreau de Pierre et de Paul, hier encore Néron était le maître du monde. L'heure de la justice divine a sonné; aujourd'hui le voilà nu-pieds, vêtu d'une simple tunique et d'un vieux manteau, la tête couverte et le visage caché dans un mouchoir, monté sur un mauvais cheval, et cherchant un dernier asile dans la villa de Phaon son affranchi. Cette villa est à quatre milles de Rome, entre la voie Salaria et la voie Nomentanc. Pour l'atteindre, il faut longer les murs du camp; tout à coup la terre tremble, la foudre éclate,
(1) In Campo Marlio cùm centurialini populuscUaretur, el reusadCapiloliummanus lendens ab hominibus ad deos pièces averUsset, apparuil iribunis, nisi oculos quoqiie hominum libérassent à lanli memoria dccoris,niinquam luiein prœoccupatis tieneficio animis vero crimini locum. lia produclâ die in Pœlilinum lucum exlra porlam Flunientanam, unde conspeclus in Capitolium non esset, concilium populi indiclum est. Til LIy.
(*) Marlyrol. 17 junii et 8 augusti.
(î) Nardini, Roma anlica, lib. iv, c. iv, p. 153.
i66 LES TROIS ROME.
le fugitif est découvert, il entend les vociférations des prétoriens qui crient : a Mort à Néron, victoire à Galba (i)! » Encore quelques heures, et cette sentence sera exécutée. Pour le dire en passant, la villa do Phaon, où ce monstrueux empereur se fit égorger, était située un peu au delà de l'église actuelle de Sainte-Agnès, au lieu appelé la Serpentera (2).
On cherche ensuite, au milieu du camp, la place du petit temple où les dieux de l'armée étaient adorés, et dans lequel Caracalla tua son frère Géta entre les bras de leur propre mère (5). Plus tard, on voit les prétoriens s'avisant un jour de mettre l'empire à l'encan et trouvant des acheteurs. Enfin, le silence de la tombe succède au tumulte et aux vociférations dans la demeure deux fois séculaire des cohortes prétoriennes. Cette milice séditieuse fut abolie par Constantin après la défaite de Maxence que le prétoire avait salué empereur.
A l'ombre de Burrhus et de Séjan succédait une autre ombre hideuse et sanglante : nous apercevions les ruines gigantesques des Thermes de Dioctétien . Les Romains bâtissent des bains comme des provinces; tel est le cri d'admiration qu'arrachait à l'histoire impuissante la vue de l'édifice dont nous parlons. Dioclétien et Maximien, voulant surpasser leurs prédécesseurs, résolurent d'édifier des thermes d'une magnificence incomparable : ils y réussirent. Leurs thermes formaient un immense carré do 1,069 pieds sur toute face. Aux quatre angles étaient autant de salles circulaires servant de calidarium ou réservoir d'eau chaude. Une d'elles subsiste encore : c'est la vaste rotonde qui sert d'église aux Fiernardins. L'édifice lui-même était l'assemblage de tout ce que l'imagination peut concevoir de plus merveilleux. On y trouvait des portiques, des forum, des jardins suspendus, des bosquets, d'innombrables jets d'eau, des salles d'attente, des écoles pour les rhéteurs et les philosophes, la fameuse bibliothèque Ulpienne que Dioclétien y fit transporter du forum de Trajan (4).
Les thermes comptaient plus de trois mille salles de bains où trois mille deux cents personnes pouvaient se baigner en même temps sans se
(i) Tranquilini in Néron.
(«) Il esl si souvent question dans l'hisloire'du préfet du prétoire, qu'il est utile de le l'aire connaître. Son pouvoir était irès-élcndu : dans l'ordre militaire il était à peu près le chef suprême de l'arnice; dans l'ordre civil, il jouissait d'une juridiction fort étendue. Souvent il était plus maître que l'empereur. Sous Commode il y eut deux préfets du prétoireet quatre sous Dioclétien. Conslanlin les conserva, mais les réduisit au pouvoir civil. Chacun d'eux eut à gouverner un quart de l'empire, divisé en quatre préfectures. Le premier, appelé prœfeclu.i prœtorio Galliarum, avait dans son gouvernement les Gaules, l'Espagne, la Bretagne, la Germanie ; le second, prœfcctus prœtono lluliœ, l'Italie et l'Afrique ; le troisième, prœfecitis prœtorio lllyrici, la Grèce, la Thrace, la Pannonie, la Mœsie, la Dalmalie; le quatrième, prœfcctux prœtorio Orienlis, lout l'Orient, c'est-à-dire toutes les provinces d'oulre mer.
(5) Onuph. Panvin. p. 23,
(4) Yopisc. in Prob,