THERMAS ORN.WER. ET
ROMANIS SVIS DEDICAVER.
Ici, comme dans tous les thermes romains, on distinguait différentes pièces dont l'ensemble prouve la mollesse de ce peuple dégénéré. La première était Vapodyterium, ainsi nommée parce qu'on s'y dépouillait de ses vêtements ; venait ensuite le frigidarium, grand bassin où l'on prenait le bain froid en commun. Des pilastres, des niches, des statues décoraient cette pièce, autour de laquelle régnait, en forme de soubassement, un double rang de gradins appelés schola. Ici venaient s'asseoir pour converser ceux qui assistaient aux bains sans y prendre part, ou qui attendaient qu'il y eût place dans la cuve. Le bain tiède, tepidarium, suivait immédiatement le frigidère. Il était muni de deux grands bassins assezlarges pour qu'on pût aisément y nager. A cette pièce succédait le sudatorium, où l'on prenait le bain de vapeur. Au milieu était un réservoir d'eau bouillante qui fournissait des tourbillons de vapeur dont toute la salle était remplie et échauffée. Montant en nuages épais vers la voûte, ils s'échappaient par une ouverture étroite fermée avec un bouclier de bronze que l'on manœuvrait d'en bas à l'aide d'une chaîne, et que l'on ouvrait comme une soupape quand l'intensité de la chaleur était trop suffocante. Ce bain ne laissait pas une fibre du corps en repos. Le sudatoriura était chauffé par un fourneau extérieur, appelé laconkum, dont les flammes circulaient sous les dalles du pavé et derrière les parois, au moyen de tuyaux conducteurs placés dans l'épaisseur des murs. VunctoriwTO, lieu dans lequel se déposaient les parfums, et s'oignaient les baigneurs, complétait l'ensemble des bains (i).
(t) Galliani, Peintures des bains de Tiius^ elc, elo,
Les lliermes, si bien appropriés au luxe et h la mollesse dos derniers Romains, étaient le rendez-vous général de toutes les classes de citoyens. Il nous semblait voir arriver et ces indignes fds des Scipions et des Gracques, et ces matrones dégénérées, portés dans leur litière, et suivis par une longue file d'esclaves de Tun et de l'autre se.xe nécessaires aux nombreux services réclamés par le bain. C'étaient les capsarii, chargés de garder les vêtements; les parfumeurs, unctores; les épileurs, alipili; les masseurs, traclntores. De ces derniers voici quel était l'emploi : Au sortir du sudatoirc, le baigneur s'étendait sur un lit de repos, et un jeune masseur, homme ou femme, commençait par lui presser tout le corps, par le tourner et le retourner, jusqu'à ce que les membres fussent devenus souples et flexibles. Alors il faisait craquer les articulations sans effort, il massait et pétrifiait pour ainsi dire la chair, sans faire éprouver la plus légère douleur. Il passait ensuite aux frictions; la main armée d'un strigilum, grattoir de corne ou d'ivoire creusé en cuillère et cintré de manière à effleurer un peu la rotondité des membres, il frottait vivement la peau, et détachait toutes les impuretés que la transpiration avait pu y faire amasser. Venait alors la dépilation des aisselles que VaJipile pratiquait, soit au moyen de petites pinces, soit à l'aide d'un onguent. Cette opéralion terminée, le parfumeur arrivait, les mains chargées de vases remplis d'aromates. Il commençait par frotter légèrement le baigneur avec un Uniment de saindoux et d'ellébore blanc, pour faire disparaître les démangeaisons et les échauboulures ; puis, avec des huiles et des essences parfumées, contenues dons de petites ampoules de corne de taureau ou de rhinocéros, il remplissait tous les pores. Après lui venaient d'autres esclaves ; les uns essuyaient le corps avec des étoffes de lin, ou d'une laine fine et douce; les autres l'enveloppaient dans une gausape d'écarlate, manteau bien chaud et bien moelleux. Enfin, toute la troupe se réunissait pour enlever le sybarite, le mettre dans une litière fermée, et le rapporter chez lui.
Nuit et jour les thermes étaient ouverts, et nuit et jour une foule empressée, bruyante, voluptueuse, inondait les portiques, les salles et les jardins. On se réunissait dans la Pinacothèque, salle immense qui existe encore, et dont Michel-Ange a fait une des plus somptueuses églises de Rome. Depuis le règne de Sixte IV elle est connue du monde entier sous le nom de Saiîik-Marie-des- Anges. En y entrant, on est d'abord frappé à l'aspect de ses huit colonnes antiques, en granit rouge d'un seul bloc de IG pieds de diamètre sur 41-5 pieds de hauteur : la longueur totale de l'église est de 33G pieds. La salle des bains proprement dite en a 308 de long sur 7i de large et 84 de haut : c'est la plus grande voûte connue. Son étendue, son pavé en mosaïque, ses peintures à fresque, ses colonnes de marbres précieux, faisaient de cette salle incomparable la merveille des Thermes de Diocléticn, merveille eux-mêmes de la ville éternelle.