‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 71 sur 106 · CHAPELLE BORROMÉE · texte numérisé non relu

CHAPELLE BORROMÉE

La vieille Rome sortait de sa triple couche de ruines et se montrait h nos regards avec ses noms, ses monuments et ses souvenirs. Une foule d'ombres patriciennes semblaient nous entourer : nous étions dans l'ancien vicus Palricius. 11 dut son nom aux patriciens consignés dans ce quartier par Servius Tulllus, qui voulait les empêcher de former de nouvelles trames. Non loin de là étaient le lubrique théâtre de Flore et un temple de Diane. Properce avait ici son habitation, elle ne pouvait être mieux placée (i). Comme la volupté engendre toujours la bassesse de l'ûme, nous ne fûmes point étonnés de trouver dans le voisinage un arc en travertin, d'un travail médiocre, élevé en l'honneur de Gallicn, et qui porte cette inscription où respire l'adulation poussée jusqu'à l'idolâtrie :

GALLIENO INVICTISSIMO PRINCIPI

CUJVS INVICTA VIRTVS SOLA PIETATE SVPERATA EST

M. AMIELIVS DEDICATISSIMVS NVMIXI

MAJESTATIQVE EJVS.

A tous ces monuments profanes, à tous ces hommes de triste mémoire ont succédé des monuments et des personnages qui tiennent une glorieuse place dans l'histoire de l'Église naissante. Venu de l'Orient pour défendre la foi, saint Justin habita ces lieux. « Jusqu'ici, dit le célèbre apologiste, j'ai demeuré près de la maison de Martius, voisine des bains de Timothée (2). » Non loin s'élèvent les vénérables églises de Sainte- Pudentienne et de Sainte-Praxède , avec les thermes de leurs frères Timothée et Novat. Ainsi, nous foulions la terre que foula d'abord saint Pierre, puis saint Paul, puis une multitude de chrétiens illustres. Arrivé à Rome, l'an 44, avec l'incroyable prétention de planter la croix au sommet du Capitole, le chef des pêcheurs galiléens descendit d'abord au delà du Tibre, dans le quartier des Juifs. Bientôt il convertit le sénateur Pudens, sa mère nommée Priscille, ses deux fds Novat et Timothée, ainsi que ses deux filles Praxède et Pudentienne avec leurs serviteurs. La maison de ces fervents néophytes devint la demeure de l'apôtre (3).

Ce que le Cénacle fut à Jérusalem, cette sainte maison le devint à Rome. Le vicaire de Jésus-Christ y célébra les augustes mystères, y présida les synaxes, y donna l'onction sacrée à saint Lin et à saint Clet, ses successeurs, et leur mission aux nombreux apôtres de l'Occident (4). Saint Paul lui-même fréquenta plus tard l'habitation de Pudens, et Dieu sait tout ce que les fondateurs du Christianisme ont dit, ont fait dans ce

(0 El dominum Esquiliis die habilare luum. Eleg. 22, tib. m.

(î; Ego prope domum Mariii cujusdam ad balneum cognomenlo Thimolhinumhactenusmansi. Apol. 1.

(S) Baron, an. 44, n. 61; an. 57, 71. Annot. ad Marlijrol. Mazîolari, Baiiliche sacre, t. VI, 163. Ciampini, Monum. vêler, l, ii, li3^1."<0, elc.

(*) Mazzolari, idem. IG3.

lieu vénérable où nous étions. Cependant la persécution s'était déclarée; avant qu'elles en fassent les glorieuses victimes, savez-vous quelle était l'occupation des jeunes vierges Pudentienne et Praxède? Piccueillir les corps des martyrs, prendre leur sang avec des éponges et le faire couler dans les vases funéraires et dans les puits où elles descendaient furtivement les restes sacrés de leurs frères : tel fut le périlleux objet de leur infatigable charité. La tradition constante, les monuments écrits, les tableaux, les inscriptions placées dans les deux églises dédiées à la gloire des deux sœurs, les puits fermés d'une grille de fer, sont autant de témoignages de ces faits d'ailleurs parfaitement conformes aux mœurs chrétiennes.

La maison sénatoriale, vénérable à tant de titres, fut, dès le second siècle, changée en église par le pape saint Pie I" (i). Célèbre dans l'histoire sous le titre du Pasteur, cette église, dédiée à sainte Pudentienne, est, comme nous l'avons dit, située dans le viens Patricius. Elle offre une ample moisson à l'archéologue et au chrétien ; les mosaïques du chœur sont d'une haute antiquité, et Bosio, d'accord avec les autres antiquaires, ne fait pas ditficulté de reconnaître au-dessous du sol l'existence d'une catacombe. Elle se compose d'un grand nombre de chambres ou de vmiuvienta arcuata, restes probables des bains de Timolhée. On croit même qu'une galerie souterraine aboutissait jusqu'au cimetière de sainte Priscille, près de la porte Salaria. C'est là que les illustres sœurs déposèrent environ trois mille martyrs, immolés dans les premières persécutions (2). Le puits où furent descendus une partie de ces corps sacrés est encore dans l'église, ainsi que l'autel sur lequel, suivant la tradition, saint Pierre offrit l'auguste sacrifice dans la maison du sénateur. Sous le maître autel repose, en grande partie, le corps de sainte Pudentienne. Quoi de plus juste que l'héroïne soit honorée sur le théâtre même de son triomphe?

Il nous restait à visiter un autre membre de la famille sénatoriale. Passant à gauche de Sainte-Marie-Majeure, nous fûmes en quelques minutes à l'église de Sainte-Praxède. Ce nouveau sanctuaire, dépendance de la maison de Pudens, est bâti sur les thermes de Novat. Asile des chrétiens primitifs, oratoire, dès le second siècle, il est devenu, en 822, par les soins du pape Pascal I", ce qu'il est aujourd'hui, une des plus vénérables églises de Rome. Le premier objet qui excita notre attention fut le grand arc du chœur (tribuna) formant l'abside au-dessus du maître autel, entre la nef et le sanctuaire. On y voit une superbe mosaïque représentant le ciel. Le centre est occupé par une ville vers laquelle arrivent, les mains chargées de présents, de nombreux voyageurs. Sous la (igure de deux

(1) Si celle maison fui consumée par l'incendie de N'éron, ou dciruile par ce (irince lorsqu'il bAlil son palais d'or, ce seraient alors les restes ou remplacement f|ui servirent à la nouvelle église.

(«) Baron. Aniiot. ad Mariyr. 19 janvier.

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