SOUVENIRS HISTORIQUES
anges, saint Pierre et saint Paul sont debout sur les portes. Au milieu de l'éternelle cité est le Roi des siècles tenant le globe dans sa main. Les heureux habitants de la sainte Jérusalem environnent leur roi, la tète ceinte du diadème, et des palmes à la main. En dehors de la ville apparaît un ange qui indique la route aux pèlerins du ciel.
Du sommet de l'arc se détache le monogramme du pape Pascal, restaurateur de l'église; plus bas est une main sortant du ciel et tenant une couronne : c'est l'emblème de la Divinité; et comme elle repose sur la tète de >'ûtre-Seigneur, elle indique la plénitude de sa puissance royale et sacerdotale. Noire-Seigneur lui-même apparaît debout, la main droite étendue, dans le moment solennel où il disait : « Je suis le bon Pasteur, et je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. ■>•> Cela devient évident par la présence des brebis qui sont à ses pieds et des saints qui sont à ses côtés. A la droite du Sauveur est saint Paul, vêtu d'une tunique blanche sur le bord de laquelle se voit la lettre F, monogramme de l'Apôtre. Après lui est une jeune vierge, sainte Praxède ; elle porte un superbe vêtement d'or, orné de pierreries, et sa main, cachée sous un voile, soutient une couronne ronde, figure des oblations oflerles à l'autel par les premiers chrétiens. En troisième lieu, vient le pape Pascal, avec le nimbe quadriforme, portant entre ses mains un modèle de l'église de Sainte-Praxède. Comme ornement, figure un palmier au vert feuillage sur lequel est perché le phénix, oiseau mystérieux, symbole de la résurrection. A gauche du Sauveur paraît saint Pierre, vêtu de blanc, présentant à Xotre-Seigneur une autre jeune vierge. Sainte Pudentienne, costumée comme sa sœur. Après elle est un personnage vêtu d'une dalmatique blanche et tenant un livre orné de perles. Ce livre représente l'Évangile, et tout porte à croire que le personnage est le saint prêtre Hennon doni le corps repose dans l'église. Nous ne pouvons qu'indiquer rapidement les traits saillants de cette première mosaïque, digne de toute l'attention des archéologues (i).
En se détachant de ce curieux monument, nos regards tombèrent sur le maître autel. C'est un superbe ouvrage, surmonté d'un baldaquin soutenu par quatre grandes colonnes de porphyre. Elles furent données par saint Charles Borromée, cardinal du litre de Sainte-Praxède. On monte au sanctuaire, bâti sur la crypte, par un magnifique escalier à deux rampes, dont les degrés sont en marbre rouge antique : ce sont, je crois, les plus beaux blocs de ce marbre devenu extrêmement rare. Le tableau du fond est de Jules Romain, le disciple chéri de Raphaël. Il représente sainte Pudentienne et sainte Praxède recueillant avec des éponges le sang des martyrs et le faisant couler dans un puits : ce tableau passe pour une œuvre admirable.
A droite de la nef, en descendant, est la chapelle de la famille Borro-
(i) Ciampini, l. ii, p. 230.
mée. Nous vîmes le fauteuil en bois du saint cardinal, ainsi que la table sur laquelle ce prince de l'Église donnait h manger aux pauvres. Au bas de l'église est une longue table de marbre, protégée par une grille en fer, et portant cette simple mais éloquente inscription : Sur ce marbre dormait la sainte vierge Praxède. Je n'ai pas de peine à le croire : la mortification est la mère de la charité et l'apprentissage du martyre. Vers le milieu de la nef s'ouvre, entouré d'une grille, le puits vénérable où la sainte accomplissait le même devoir que sa sœur dans la maison de leur père. Une belle statue représente la jeune martyre à genoux, sur l'orifice du puits, pressant entre ses mains une éponge pleine de sang.
A droite, en remontant, est le célèbre oratoire de saint Hennon, martyr. La mosaïque dont il est orné était si belle, si harmonieuse, qu'on l'appelait le Paradis. Ce qui en reste, bien que dégradé par le temps, mérite encore toute l'étude du voyageur (i). Deux raisons m'empêchent d'en faire la description : la nécessité d'être court et l'attention secondaire que je donnai à ce chef-d'œuvre. Comment s'occuper d'art en présence d'un autre objet qui vous absorbe tout entier? C'est ici, dans cette chapelle, que se conserve la colonne à laquelle Notre-Seigneur fut attaché pendant la flagellation. Nous étions à deux pas de ce monument sacré ; il était sous nos yeux : je le répète, comment penser à autre chose! On sait que cette colonne, religieusement conservée par les premiers chrétiens, fut apportée d'Orient, en l'il3, par le cardinal Jean Colonna, légat du Saint-Siège. Elle est de marbre oriental noir et blanc, et peut avoir trois pieds de hauteur (2). Trois mille trois cents martyrs dont les plus illustres sont nommés dans la table du pape Pascal 1", forment ici le cortège du Dieu crucifié. Or, tous ces ossements de nos pères, tous ces flots de sang chrétien, cette colonne de honte et de douleur, où le Sauveur expia la plus honteuse de nos iniquités, pouvaient-ils être mieux placés qu'en ce lieu? Saintc-Praxède est à deux pas de l'ancien théâtre de Flore dont les infamies font encore rougir le front le moins pudique. Crime, expiation, harmonie providentielle, ce rapprochement explique tout.
Grand Jeûne.— Détails sur la Mosaïque.— Signification de ce mot.— Différentes espèces de Mosaïque. — Histoire de l'art. — Éléments du travail. — Sa composition. — Caractères imprimés sur les vêtements. — Nimbes.
C'était le mei^crcdi des Ouatre-Tcmps, jour de grand jeiino. Le grand jeûne consiste à ne manger, au dîner et à la collation, ni œufs, ni beurre,
(1) Ciampini, t. u, p. 2o0, etc.
(ï) Voyez Uened. XIV, de Festis Dom. p. \8i. Cornel. à Lapid. iti Matth. c. xxvii, V. 2G, p. 5i>4. Mazzol. t. vi, p. 167.