‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 73 sur 106 · DÉTAILS SUR LA MOSAÏQUE · texte numérisé non relu

DÉTAILS SUR LA MOSAÏQUE

ni lait, ni fromage : tout s'accommode h riiuilc. Fidèle h l'cspiMt de l'Église, Rome conserve rauslorité des anciennes lois; mais, indulgente pour la faiblesse de ses enfants, elle ne compte qu'un petit nombre de grands jeûnes. Cette journée de pénitence fut donnée h l'élude : rechercher l'origine de la mosa'iquc, les procédés qu'elle emploie, le sens et la raison des nombreux ouvrages qu'elle oflVe h l'admiration du voyageur, devint l'intéressant travail qui occupa nos loisirs.

OEuvre di(jne des Muses, telle est l'étymologie, généralement admise du mot mosaïque (i). Plus religieux en beaucoup de choses que les peuples modernes, les anciens attribuaient aux dieux ou à leur inspiration ce qui semblait surpasser l'esprit de rhomme. Or, telle est la beauté et la difïiculté des ouvrages en mosaïque, qu'ils en firent honneur aux divinités protectrices des arts. Connus dès la plus haute antiquité, ces ouvrages do patience, de luxe et de génie, semblent avoir passe de la Perse chez les Grecs qui en transmirent le secret et le goût aux Romains. Syila le premier en décora le temple de la Fortune qu'il bâtit à Prénesle (2). Bientôt les monuments publics, et même les habitations particulières brillèrent de cette nouvelle magnificence. Suivant la loi constante de l'esprit humain, on commença par des ouvrages d'une fabrication plus facile. Les premières mosaïques consistèrent dans le rapprochement harmonieux de morceaux de marbres de diverses couleurs, représentant des carrés, des triangles, des losanges, des cercles et autres figures géométriques, dont la réunion symétrique formait un ensemble plein de grâce et de variété (r>). Ce genre de mosaïque fut employé pour le pavé des palais, des habitations et des thermes. Les chrétiens en transportèrent l'usage dans les églises. Nous en verrons de superbes échantillons à Saint-Clément, à Saint-Silvestrc et aux Quatre-Saints-Couronnés.

L'art fit des progrès et voulut représenter des figures d'êtres animés, des animaux et des hommes. On coupa donc en lames très-minces des marbres de différentes couleurs; on les rapprocha, on les harmonisa de telle manière qu'on eut en réalité des portraits de créatures vivantes (4). L'intérieur de la cathédrale d'Aucune, le portail même de cette antique église, nous offrit, plus tard, des images de saints, dues à ce nouveau genre de mosaïque.

On conçoit que la difflcuUc de scier et de découper le marbre en feuilles assez minces dut être longtemps un obstacle au fini du travail. Néanmoins on lutta contre la nature elle-même, et on finit par arriver h la perfection. Les anciens firent avec le marbre ce que les Gobelins font avec la laine, et des tableaux dignes du pinceau de Raphaël sortirent de l'atelier du mosaïste. Tout voyageur sait que les fresques du grand maître

(1) Opus musivum.

(î)Plin.

(s) Opus tessellatum.

(i) Opus seciile.

ont été copiées en mosaïque : à Saint-Pierre la copie remplace l'original, et telle est l'illusion, qu'à moius d'ctre averti, vous prenez infailliblement la mosaïque pour la toile même (i).

Il y a donc trois espèces de mosaïques : la grande mosaïque, dont les anciens formaient le pavé de leurs monuments, et qui représentait des figures géométriques et des arabesques. La mosaïque moyenne, servant pour la décoration des murailles et pouvant, bien que sous des traits plus on moins inparfails, représenter des créatures organiques. L^î}etite mosaïque, capable de le disputer au pinceau pour la vivacité de la teinte, pour l'harmonie des couleurs et la perfection de la ressemblance. Ces trois genres d'ouvrage, mais surtout les deux premiers, furent prodigués par les Romains avec un luxe qui accuse et leurs richesses colossales et leur incroyable sybarilisme.

Restaurateur de toutes choses, le Christianisme s'empressa de ramener les arts à leur véritable destination : la mosaïque fut employée avec une prédilection visible à décorer les églises. Peinture immortelle, elle était éminemment propre h fixer des faits, des souvenirs, des dogmes qui ne périssent point. Aussi, vous la voyez resplendir dans tous les grands sanctuaires de la ville éternelle. Avec les sciences et les arts la mosaïque périt dans le grand cataclysme qui suivit l'inondation des barbares. Ce fut un moine, un bénédictin, un abbé du Mont-Cassin, qui, de Constantinople, en rapporta le secret en Occident. « Cet homme, plein de sagesse, dit Léon d'Ostie, eut grand soin de faire étudier cet art h ses religieux, de peur qu'il ne vînt à se perdre de nouveau parmi nous (2). »

Les données précédentes suffisaient pour nous faire admirer avec plus d'intelligence les mosaïques dont nous étions environnés; toutefois, notre curiosité n'était pas satisfaite. De quoi se compose la mosaïque? Quel procédé emploie-t-on pour donner à ces tableaux le coloris et la perfection qui en font de véritables chefs-d'œuvre? Voilà ce que nous tenions à savoir. La visite des ateliers de Rome, et surtout de Saint-Pierre, nous donna la réponse.

Deux choses entrent dans la composition de la mosaïque, les petites pierres, c'est-à-dire, les petits morceaux de marbre, de porphyre ou de verre, hipilli, et la colle, gluten. Le verre est l'élément ordinaire de la petite mosaïque. La matière vitrifiable étant préparée, on y mêle la couleur, puis on la jette dans un creuset, qui, pendant huit jours, reste exposé dans le four à un foyer très-ardent. La cuisson finie, on prend cette matière en fusion avec une cuiller en fer et on l'étend sur une table de marbre creusée de quelques pouces, à laquelle on superpose un autre marbre poli afin d'obtenir une couche parfaitement égale. Après celte

(1) Opus vcrmiculalum. Opus minutis adcù lapillis l'ormaluni ul verniium aspeclurn cominus repr.-cscntf;!, qui dorsum variogaiâ inicularuni série toi veluli punclis depiclum babciil. Ciampiiii, Monum. vetcr. l. i, p. 81.

(î) In chronico wonaslcr. Cassiu. cap. 29.

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