‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 80 sur 106 · TE5IPLE DE FAUSTINE · texte numérisé non relu

TE5IPLE DE FAUSTINE

Saint-Laurent in miranda. Celte église, dédiée h l'illustre martyr, est le temple même élevé à Antonio et à sa femme Faustine; oui, h. Faustine, par dtxTcl du sénat ! Lisez plulùt l'inscription placée sur la Irise :

PIVO ANTOMNO ET DIY.E FAVSTIN.E EX. S. C.

« Au divin Antonin et h la divine Faustine, par décret du Sénat. » Celle dédicace ne serait qu'une sanglante épigramme si elle n'était une lumineuse révélation du paganisme. Elle donne la mesure de l'cslinie que la vieille Rome faisait de la Divinité, dont elle prodiguait le nom et les honneurs à des créatures comme Faustine. Deux superbes colonnes de marbre cipoUin soutiennent l'entablement : ce sont les deux plus beaux blocs connus de ce marbre phrygien.

A peine a-t-il quitté le temple de Faustine que le voyageur se trouve en face de ruines gigantesques placées sur le même côté du Forum. Qu'est-ce que celte voûte immense de plus de vingt mètres de largeur? que sont ces énormes blocs de marbre blanc taillés jadis par un habile ciseau, et qu'une dynamique, dont les ressorts sont à jamais brisés, avait suspendus dans les airs pour servir de corniche à un temple qui n'est plus? Ce sont les débris du temple de la Paix. Au dire des historiens, c'était le plus imposant édifice de Rorne (i). Voici ce qu'on raconte de son origine et de sa chute. Vespasien, vainqueur de tous ses rivaux et maître de l'Orient par la prise de Jérusalem, voulut laisser un monument immortel de sa puissance et de la paix que ses armes avaient rendue à l'empire. Dans cette vue, il fit bâtir un temple à la Paix, auquel il donna des proportions capables de frapper d'étonnement les générations futures et de braver les ravages des siècles. Il y déposa les riches dépouilles que son fils lui avait rapportées de Jérusalem. Sa pensée, disent les archéologues, se trouve gravée sur une table de marbre découverte près de cet édifice, et conservée aujourd'hui dans le palais Farnèse :

PACI ^TERN.E DOMVS IMPERAT.

VESP.^SIANI CESARIS AVGVSTI.

LIBERORVMQUE SACRVM.

« A la paix éternelle la maison impériale de Vespasien César Auguste et « de ses enfants consacre ce lieu. » Suivant cette opinion, soutenue par Suétone, Josèphe, Pline et d'autres historiens, le temple de la Paix aurait été brûlé sous Commode (-2).

Une autre version dit que ce magnifique édifice remonte à l'empereur

(0 Quod unum scilicet opus cunctorum lola urbe maximum fuit, atque pulcherrimum. Uerodian., lib. i.

[i] Herodian.. in Commod.

Auguste, qui le fit construire en mémoire de la paix donnée au monde par la victoire d'Actium. Quand il fut achevé, on voulut savoir combien de temps il subsisterait : Quoadusque Virgo pariât, « jusqu'à ce que la Vierge « enfante, » répondit l'oracle. Les Romains prirent cette réponse pour une promesse d'immortalité, mais la nuit même où le Fils de Dieu naissait à Bethléem, le temple de la Paix s'écroula (i). Ces deux récits ont leurs défenseurs. Inconciliables au premier coup d'œil, ils pourraient peut-être se soutenir l'un à côté de l'autre, en admettant l'édification successive d'un temple à la Paix par Auguste et par Vespasien, le second édifice remplaçant le premier, dont la chute inopinée aurait, par son immense retentissement, annoncé la naissance du César immortel, destructeur de Rome païenne et prince de la véritable paix. Je n'attache qu'une médiocre valeur à cette dernière version dont Rome ne s'occupe pas ; je ne la rapporte que pour rester fidèle h l'impartialité de l'histoire.

Du temple de la Paix, nous aperçûmes les ruines moins grandioses, mais mieux conservées, du temple de Vénus et Rome. C'est là, disent les archéologues, qu'on mettait les machines employées dans les jeux de l'amphithéâtre : il est certain qu'elles ne pouvaient être mieux placées. Sur une partie de cette terre, tant de fois souillée de sang et de crimes, s'élève l'église de Sainte-Marie-la-Neuve ou de Sainte-Françoise-Romaine. Elle succède à l'antique sanctuaire bâti par le pape Paul I" en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul : voici à quelle occasion. Le fameux magicien Simon de Samarie, fortement réprimandé par les apôtres, les avait précédés à Rome. Afin de ruiner d'avance la prédication évangélique, il se donnait lui-même pour un dieu. Néron l'admira et Rome lui éleva des statues. Pour mettre le comble à sa gloire en donnant une preuve éclatante de sa divinité, il annonça qu'il s'élèverait dans les airs sans le secours d'aucune puissance humaine, et choisit pour son ascension le théâtre voisin de la maison d'or de l'empereur. Rome entière était accourue au spectacle ; Néron lui-même, placé dans le vestibule de son palais, y assistait. Le magicien prend son essor ; mais non loin de là priait le défenseur de la vérité, conjurant son divin Maître de confondre l'imposteur. Comme la flèche qui va percer l'oiseau dans les airs, la prière apostolique atteint le fourbe; il tombe, il se tue. Or, un miracle perpétuel transmet le souvenir de ce miracle d'un instant. Les genoux du saint apôlre restèrent gravés sur la pierre, et cette pierre, baisée avec amour par des millions de pèlerins, se conserve dans le lieu même où le fait s'accomplit (2). C'est la plus précieuse relique de Sainte-Marie-la-Neuve.

(1) Voypz Cancnllicii, noltc e /esta di natale, c. xxxviii, p. 119. Baron., fl(i an. 1, n. xi. P. d'Argcnlan,^mn(/eMrs de J.-C. t. 11. Juslus Lips, t. viii; Sur., l. vi. — liaronius.qui réfuie coUc dernière version, dit cependant : « Ea quic de icmplo Patis Hi>ni;e collapso '. ca norle qua natns est Clirislus, a multis ut vcru ccrlaque scribuntur. » An. 1, n. xi.

(ï) Voyez le fait, avec tous ses détails, dans les histor. ceci., et en particulier dans

MOT d'I'N anglais PROTESTANT. 201

Au récit de tous ces proLliges, dont les fidcMes de Rome, gardiens séculaires des ruines païennes et des monuments chrétiens, ne doutent nullement, les foresticri sont tentés de sourire. Ils se pressent un peu trop; croyez-moi, si vous étiez à Rome, si vous voyiez tout cela de vos yeux, si vous preniez la peine d'étudier les titres et les témoignages, vous finiriez probablement par dire comme un .\nglais protestant qui était avec nous : <■<■ Tout cela est plus facile à nier qu'à expliciuer. «

Nouvelle visile au Forum. — Demeure du Roi des Sacrifices. — Voie Sacrée. — Souvenirs des grands hommes. — Divers monuments. — Pont de Caliguia. — Église de Sainl-Théodore. — Maison d'or de Néron. — Arc de Titus. — Édifices placés sur l'autre côté du Forum. — Statue de la Victoire. — Temple de Castor. — Marché aux esclaves. — Temple de Yesta. — Lac de Curtius. — Temples de Junon Juga, du dieu Ahts Locutius.

Caliguia est accusé d'avoir passé trois jours et trois nuits consécutifs au théâtre. Pour ne pas perdre un instant du spectacle, il buvait et mangeait dans la loge impériale. La passion du petit-fils d'Auguste pour les combats de gladiateurs, nous la ressentîmes pour les ruines du Forum : ruines éloquentes, que nous ne pouvions nous lasser devoir, de toucher, d'interroger. En effet, si Rome était le cœur de l'univers, le Forum romain était le cœur de Rome, umbilkus urbis, comme disaient les anciens. Foyer de la vie civile et religieuse du peuple-roi, il était gardé, protégé comme la prunelle de l'œil, par les Césars, des hauteurs du Palatin, et par Jupiter, du sommet du Capilole. Comme le sang part du cœur pour y revenir, les mouvements militaires et religieux de la reine du monde commentaient en ce lieu sous l'inspiration de César, du sénat et du peuple, et sous les auspices des dieux (i).

Les étendards, les aigles, la paye même des légions sortaient du temple de Saturne, et les armées parties du Forum se portaient aux extrémités de la terre, puis revenaient à leur point de départ ; mais elles n'y revenaient pas seules : toutes les nations du globe les suivirent les unes après les autres, et abordèrent, attachées au char du triomphateur, la redoutable place. La mort ou l'esclavage les faisaient bientôt disparaître; mais une colonne, un arc de triomphe, un trophée, un temple, redisaient à la postérité leur nom, leur défaite, le jour de leur présence au pied du Capilole. Toute victoire, tout événement, tout homme, si grand qu'il fût,

Anast., in Paul, i; Nardini, Roma antica, lib. m. c. xii, p. 114; Ciampini, t. ii, p. 56; Baron, an. 68, n. 14; Giégor. Turon., de gloria Martyr., c. xxviii.

(i) C'était toujours au Capilole qu'on décidailde la guerre après avoir entendu le peuple au Comitium.

n'était point consacré h la gloire s'il n'avait son monument dans cet Olympe de la terre. Amphithéâtre du monde, le Forum a donc tout vu, et, si on l'interroge, il redit tout ce qu'il a vu. J'avais besoin de cette explication pour justifier nos fréquentes et longues visites dans ce lieu que la plupart voient en une demi-heure.

Hier nous étions en face de la maison d'or de Néron! Je n'ose encore l'attaquer, tant il reste, dans le petit espace qui nous en sépare, de monuments et de souvenirs empressés h nous demander audience ! Voici d'abord, non loin de la voie Sacrée, la demeure du roi des sacrifices (i), puis celle des vestales, enfin celle des empereurs-pontifes. La dernière donne un enseignement qu'il faut s'empresser de recueillir. Réunir en leurs mains le sacerdoce et l'empire, tel fut toujours, aux époques de décadence morale, le rêve favori des rois; mais malheur au monde s'il devient une réalité : Rome la première en est la preuve. Revenu d'Actium et de Philippes, où il avait étouffé la liberté romaine, Auguste s'empressa de ceindre la tiare. Ses successeurs à l'empire voulurent l'être au souverain pontificat; ils le furent en effet. Ce titre figure dans les inscriptions do leurs arcs de triomphe, sur leurs médailles ; il orne tous les monuments érigés en leur honneur. Et l'on vit Néron, Tibère, Caligula, Vitellius, Domitien, Adrien offrir des sacrifices et dicter des lois aux consciences. Amère dérision !

Toutefois, ce n'était là qu'un premier pas. Revêtus d'un pouvoir divin, il ne leur manquait que les honneurs mêmes de la Divinité, des prêtres, des temples et des autels ; tout cela leur fut accordé. A partir d'Auguste jusqu'à la ruine totale du paganisme, on compte cinquante et un empereurs ou impératrices rais au nombre des dieux (2). Chaque apothéose annonçait l'érection d'un temple et la création d'un collège de prêtres destinés au culte de la nouvelle divinité. De là, ces dénominations si communes dans les inscriptions anciennes : « vir ou flamen Augustalis, flamcn lladrianalis, flamen Trajanalis, prêtre d'Auguste, prêtre d'Adrien, prêtre de Trajan ; ou bien : saccrdos divœ Augustœ, saccrdos divœ DomitiUœ, sacerdos divœ Faustinœ, prêtresse de Livie, prêtresse de Domitille, prêtresse do Faustine. )>

Or, tous ces sacerdoces publics et privés, au nombre de quatre-vingtdeux, passaient et repassaient sans cesse par la ville, en longues processions, pour se rendre au Capitole, surtout aux époques où l'on annonçait les noncs dans la Curia calabra. Le chemin qui les y conduisait longe la gauche du Forum ; de là, le nom de via Sacra, qui lui fut donne et qu'il conserve encore. Cette voie Sacrée existe toujours ; elle est trop célèbre dans l'histoire et par elle-même et par les monuments qui l'ornaient, pour la passer sous silence. Vers l'extrémité opposée au Capitole, et

(1) Domus régis sacrificuli, (ï) Oiiuphr., p. 17G cl suiv.

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