‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 82 sur 106 · IMP. XVII. COS. VIII. PP. PRINCIPI. SVO. QVI · texte numérisé non relu

IMP. XVII. COS. VIII. PP. PRINCIPI. SVO. QVI

PR^CEPTIS. PATRICE. CONSILIISQVE ET

AVSPICIIS. GENTEM. JVD^ORVM. DOMVIT

ET VRBEM. HIEROSOLIMAM OMNIBVS ANTE

SE. DVCIBVS. REGIBVS. GENTIBVS. AVT. FRVSTRA

PETITAII. AVT. INTENTATAM. DELEVIT (l).

Sous les coups du temps et peut-être des barbares, celte seconde inscription était tombée : on la retrouva dans le Grand Cirque, assez bien conservée pour être correctement transcrite, mais trop endommagée pour être remise à sa première place. Tel est l'arc de Titus. Les Juifs ne le voient jamais sans une profonde douleur, et peut-être avec une indignation plus profonde encore. Si jamais^ vous vous trouvez au Forum avec l'un d'entre eux, vous remarquerez qu'il se détournera pour ne point passer dessous; c'est pour lui qu'on a fait un couloir du côté du Palatin. Vaine protestation ! Le monument de sa servitude et la preuve de son déicide n'en subsistent pas moins.

Décrivant un demi-cercle sur la droite, nous arrivâmes vers le Capitole par le côté du Forum opposé ù la voie Sacrée. Comme la première, cette

(i) Voici ccue belle inscription en latin ordinaire el en français : « Senatiis Populusr que Koraanus impcratori Tito C.-csari, divi Vespasiani filio,Vespasiano Auguslo, Pontifici Rlaximo, tribunitla poleslatc decies, imperatoria decies scptics, consulari octies, palri patriai, principi suo, qui prœceptis palrice consiliisque et auspiciis, genlem Judœorum domuit et urbom Hiorosolymam omnibus anle se ducibus, regibus, genlibus, aut frustra petitam aul inlentatam delevit. »

« Le Sénat el le Peuple romain à l'empereur Titus, César, fils du divin Vespasien, Vespasien Auguste, souverain pontife, dix fois tribun, dix-sept fois empereur, huit fois consul, père de la patrie, son prince, qui, par les ordres de sa patrie, ses conseils et sous ses auspices, a dompté la nation juive et détruit la ville de Jérusalem, vainement assiégée ou attaquée avant lui par tous les généraux, les rois, les nations. »

PONT DE CALIGILA. 20"

nouvelle route est encombrée de souvenirs. Voici d'abord la Curia Julia, bâtie par Jules-César, dans laquelle le dictateur convoquait le Sénat; c'est ensuite la statue de la Vicloiro, qui donna lieu h la lettre de Symmaquc, ce préfet de Rome, ardent défenseur du paganisme, sous Théodose, et à la réponse si éloquente de saint Ambroisc. Plus loin était le temple même de la Victoire, bûti sur les ruines de la maison que le peuple reconnaissant avait élevée, de ses propres deniers, h Valérius Publicola. En avançant toujours vers le Capilole, on voyait le temple de Castor. Hommes ingrats qui oubliez les bienlaits du Christianisme, venez ici; ce lieu vous dira éloquemment les humiliations et les cruels traitements dont l'Évangile vous a délivrés : devant le temple de Castor se tenait le principal marché aux esclaves (i).

En tournant un peu sur la gauche, s'élevaient le temple et le bois sacré de Vesta. Dans cet édifice dont la forme ronde imitait celle du globe, Rome conservait le feu sacré et le Palladium, gages de l'éternité de l'empire. Voyez-vous, près de là, cette statue équestre en bronze doré? c'est Domitien ; il a fait placer son image à l'endroit môme où fut le monument de Curtius. Pas un de nous qui ne connaisse et le nom et le dévouement de Curlius. La terre s'était enlr'ouverle dans cette partie du Forum; l'oracle, consulté sur ce prodige dont Rome était effrayée, répondit : « Le goulfre ne peut être comblé qu'en y jetant ce que le peuple romain a de plus précieux. « Le jeune 3Iarcus Curtius s'imagina que les dieux ne demandaient d'autre victime que lui : il se précipita solennellement, tout armé, avec son cheval, dans l'abune, et passa, auprès des superstitieux Romains, pour avoir sauvé sa patrie. La terre s'étant refermée, on lui dressa une pyramide.

Plus nous approchons du Capitole, plus les monuments de la superstition se multiplient. Près de la porte Carmcntale, c'est le temple de Junon Juga, ainsi appelée parce qu'elle présidait au mariage; c'est le temple du dieu Aius Locutius, dieu fabriqué avec son nom et son temple, parce que, disait-on, avant la terrible attaque des Gaulois, une voix nocturne s'était fait entendre en ce lieu, annonçant des malheurs; on l'avait négligée, et en expiation on y dédia un temple au dieu Aius (2). Enfin, à l'entrée de la vallée qui sépare le Palatin du Capilole était le Spoliarhim de Sylla. Ce lieu funeste était chaque jour rempli de lêles de sénateurs et de chevaliers romains égorgés par ordre du terrible rival de Marins. Arrivés au terme de cette longue nomenclature, nous n'eûmes garde d'oublier le fameux pont de Caligula. Ce fou couronné avait eu la fantaisie de faire jeter un pont entre le Palatin et le Capilole afin de communiquer d'une colline à l'autre sans passer par le Forum. De tout cela il reste à peine quelques vestiges.

(i) Senec, de Const. sap. iZ.

(i) Ta. Liv. lib. V.

Pour sanctifier tous ces lieux, théâtres séculaires de l'orgueil, de la volupté et des extravagances des païens, Rome chrétienne a bâti plusieurs églises. Nous nommerons enlre autres celle de Saint-Théodore. Édifiée, disent les antiquaires, près du figuier ruminai sous lequel furent trouvés Romulus et Rémus, cette église sert aux assemblées de la confrérie des Nobles. On y porte avec dévotion les enfants nouveau-nés qui sont en danger de mort. Par son nom, elle rappelle un de ces glorieux combats si communs dans les annales de l'Église naissante. Intrépide soldat de Maximien, mais plus intrépide soldat de Jésus-Christ, Théodore eut le courage de mettre le feu à un temple d'idoles dans lequel s'accomplissait un culte abominable. Arrêté sur-le-champ, il sera sauvé s'il témoigne le moindre regret. Pour toute réponse : « Je suis chrétien, dit-il, ce que j'ai fait je le ferais encore. » On l'étend par terre et on lui déchire les côtes avec des peignes de fer, jusqu'à mettre à nu les os et les veines. Son temple, placé au pied du Capitole, regarde celui de Sainte-Martine, situé de l'autre côté. Ainsi, le soldat chrétien et la vierge consulaire, tous deux martyrs, gardent glorieusement les avenues de la fameuse montagne; et, depuis des siècles, les victimes reçoivent les honneurs du monde reconnaissant dans ces mêmes lieux où leurs puissants bourreaux ne conservent d'antre monument que leur nom exécré.

i9 DÉCEMBRE.

Chapelle papale. —Le sacré Collège, division, origine, nombre, nom, dignité des rardinaux. — Anecdole. — Messe à la Chapelle Sixline. — Cérémonies particulières. — Vue de l'arc de Titus, du Colisée et de l'arc de Conslanlin réunis, — Réflexions.

C'était le quatrième dimanche de l'Avant : il y avait chapelle papale ii Saint-Pierre. On nomme ainsi la messe à laquelle assiste le Souverain Pontife accompagné du sacré Collège. Charmés de faire succéder au sombre aspect des ruines de Rome païenne l'auguste spectacle des cérémonies de Rome chrétienne, nous partîmes pour la vénérable basilique. Moyennant deux pauls et demi (1 fr. 35 cent.), un honnête fiacre de la place d'Espagne voulut bien nous transporter au Vatican. Pendant que notre legno courait en sautillant sur un pavé h petit échantillon, mes jeunes amis obéissaient à l'usage inévitable de tous les voyageurs nouvellement débarqués, je ne dis pas à Rome, mais dans n'importe quelle ville ou village. La tête à la portière, ils regardaient les enseignes des boutiques et les façades des maisons. Je succombais à la même curiosité, lorsqu'une bonne pensée me traversant l'esprit, je me dis h moi-même : Nous allons voir le sacré Collège. Mais qu'est-ce que le sacré Collège? qu'est-ce que les cardinaux"? Si j'entre à la chapelle Sixtine sans rien savoir là-dessus; si, à l'instar des touristes passés et présents, je ne vois

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