‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 87 sur 106 · ARC DE CONSTANTIN. 2S · texte numérisé non relu

ARC DE CONSTANTIN. 2S

philhéàlre. Afin de couipléler nos impressions île la veille nuus allâmes rendre nos hommages à ces restes tant de fois vénérables. Devant nons se trouvèrent de nouveau le Colisée et l'arc de Constantin. Stir la porte de ramphithéàlre, par où entrèrent tant de héros chrétiens, on a placé une plaque de marbre qui redit la sainteté de ces lieux baignés du sanj? de nos pères. A l'exemple de tous les pèlerins catholiques, nous la baisâmes avec un respectueux amour, en demandant pour nos amis et \u>nv nous la foi des martyrs.

Nous nous arrêtâmes ensuite devant l'arc de Constantin pour terminer l'étude de ce monument capital. Ses trois arcades sont remarquables tant par l'étendue de leurs dimensions que par l'élégance de leur forme. La disposition des bas-reliefs et des statues est aussi d'un goût irréprochable. Quant à ces ornements mêmes, les uns apparlieunent à la meilleure épo(jue, les autres annoncent la décadence de l'art, tes huit colonnes de marbre précieux, les statues, plusieurs médaillons d'une grande beauté proviennent des arcs de Trajan et de Marc-Aurèle; ce qui est d'un travail inférieur est contemporain de l'édifice.

Celte bigarrure donne lieu à une question importante : Si les artistes du iv^ siècle ont eu assez de goût pour élever un arc de triomphe dont les proportions et la disposition générale ne laissent rien à désirer, peuton raisonnablement leur refuser le talent nécessaire pour en sculpter, au moins d'une manière passable, les ornements secondaires? S'ils l'ont eu, d'où vient qu'ils ont employé des pièces toutes faites? D'où vient surtout que le sénat, gardien sévère des monuments publies, a permis, a ordonné de mutiler les arcs de triomphe élevés aux empereurs qui furent les plus chères idoles des Romains, au profit d'un prince dont l'empire encore à moitié païen acceptait la domination plutôt qu'il ne l'aimait? De ce fait anormal on ne trouve qu'une explication. Dans l'arc de Constantin, comme dans la plupart des anciennes églises de Rome, la Providence a voulu que les monuments des persécuteurs eux-mêmes fournissent les matériaux d'un édifice destiné à perpétuer de génération en génération le triomphe éclatant du Christianisme et la substitution miraculeuse de Rome à Rome, dans l'empire éternel du monde (i).

Celle explication est d'autant mieux fondée que le sénat, si reconnaissant qu'on le suppose envers Constantin, se montrait encore bien éloigné de partager sa foi religieuse. L'arc même qu'il éleva en l'honneur de ce prince en fournil la preuve. Il esl vrai, pour ne pas se rendre odieux ou ridicule en niant le miracle qui avait donné l'empire au fils de Constance, le sénat dit, dans l'inscription : qu'il a vaincu le tyran par Vimpiration de. la Divinité, instindu Divinitatis; ce mot amphibologique est le seul hommage que la vérité arrache aux pères conscrits. Quant à la croix, emblème beaucoup plus énergique, vous ne la trouvez nulle part sur l'arc de

(i) Baron, an. ôl-i, t. m, p. 6i, n. oti.

Constantin. Pourtant le sénat ne pouvait rien faire de plus agréable à l'empereur que de graver sur ce monument le signe sacré auquel le vainqueur de Maxence se confessait redevable de la victoire. Cette omission choquante n'échappa point à l'empereur; « mais, dit Eusèbe, n'osant heurter de front les préjugés du sénat, encore païen, Constantin, pour se dédommager, fit placer la croix au sommet d'un obélisque érigé par ses ordres dans le centre même de la ville (i). » Honneur au génie de Sixte V, qui a relevé le glorieux monolithe sur lequel la reconnaissance du premier César chrétien grava l'inscription suivante :

HOC SALVTARI SIGNO, VERO FORTITVDINIS INDICIO,

CIVITATEM VESTRAM TYRANNIDIS J\GO LIBERAVI ET

s. P. Q. R. IN LIBERTATEM VINDICANS , PIIISTIN^E

AMPLITVDINI ET SPLENDORI RESTITVI.

L'absence de la croix sur l'arc de Constantin est une indication précieuse de l'état social de l'empire à cette époque de transition. L'empereur et une partie du peuple sont chrétiens, mais le sénat et la haute administration demeurent païens. On est heureux de voir graver sur le marbre cette parole écrite dans les lettres de saint Paul : que l'Évangile a commencé par les pauvres et non par les riches, par les faibles et non par les forts. De ce passage lent et difficile du paganisme à la foi, l'arc de Constantin me rappela un autre témoignage plus significatif encore que le précédent. Ce n'est pas sans étonnement qu'on lit dans les inscriptions et sur les médailles des premiers empereurs chrétiens, le litre païen de Souverain Ponlife : Pont. Max. Entre bien des preuves, il suffira de citer l'inscription du pont Cestius, près de l'île du Tibre :

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